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Paris, France
Ce blog est celui de la conversation libre. Autour des arts, des livres, de la télévision ou de tout autre sujet de culture mais aussi - n'est-ce pas culturel ? - de la politique. C'est dire, simplement, que sur ce blog on parlera de tout. Je le nourrirai au rythme de mon inspiration, de mes rencontres, de mes visites, de mes lectures, de mes poussées d'admiration ou de colère aussi. Que chacun, ici, intervienne. Que l'on discute les uns avec les autres.. Voilà l'ambition de ce blog. Un mot encore sur le titre. "Mon oeil", c'est ce que je vois, mais c'est aussi, vieille expression, une façon de dire que l'on n'est pas dupe et que l'esprit critique reste le maître contre par exemple le "politiquement correct" et contre les idées reçues, de droite comme de gauche. ************************************************************************************* Pour les amateurs d'art, je signale cet autre blog, plus spécialisé sur l'art et les artistes, les expositions, les formes d'expression d'ici et d'ailleurs, d'hier et d'aujourd'hui: http://monoeilsurlart.blog4ever.com/blog/index-350977.html

dimanche 17 mars 2013

Alain Kirili : Le forgeron de l'absolu








Qu’Alain Kirili expose de mars  à mai à Paris,  à la galerie « Pièce unique », rue Jacques Callot, et dans sa belle jumelle « Pièce unique Variations », rue Mazarine, c’est pour moi -  et pour beaucoup d’amateurs d’art contemporain évidemment -  une excellente nouvelle. Un événement. Non pas certes qu’on n’ait pas pu voir  - ou qu’on ne puisse pas rencontrer de façon permanente - dans de très nombreux musées ou lieux prestigieux du monde, publics et privés,  et à Paris même,  un très grand nombre d’œuvres de ce sculpteur singulier. Mais surtout parce qu’une exposition comme celle qui est organisée à Saint-Germain-des-Près est à la fois l’occasion d’un retour calme et rétrospectif sur une œuvre riche et profonde et aussi  l’opportunité de la situer dans le  panorama de l’art contemporain.

Cette exposition qui s’ouvre le jour du printemps 2013, se déroule dans ce quadrilatère où Alain Kirili présentait, comme il le précise, sa « première sculpture, en décembre 1972, chez Ileana Sonnabend », la galeriste qui avec Leo Castelli ont été, à la fin du siècle dernier les découvreurs et les défenseurs mythiques des grands seigneurs de la peinture et de la sculpture internationale. Aujourd’hui, la galerie Pièce unique y célèbre son 25 ème anniversaire, sous l’aile tutélaire de ses bonnes fées, Marussa Gravagnuolo et Christine Lahoud, et dans le souvenir du fondateur, Lucio Amelio…


Alain Kirili est un diable de bonhomme. Familier des voyages intercontinentaux et des expériences créatrice. Jamais las, jamais en faille d’énergie, de volubilité et de passion.

Voici (je me suis aidé de sa propre fiche biographique) le parcours de cet artiste qui vogue du jazz à la philosophie et à l’érotisme, du dessin à la sculpture sous toutes ses espèces, de l’Extrême-Orient à l’Afrique, du Tyrol à l’Espagne, de Paris à New York pour trouver  partout et dans l’art d’abord des maîtres qu’il se donne, le miel dont il emplit impatiemment les rayons de sa ruche.

Alain Kirili est né à Paris  le 29 août 1946. Il n’a pas vingt ans quand il s’enthousiasme pour les sculptures de l’expressionniste abstrait David Smith. Un premier séjour aux États-Unis lui permet d’étudier l’art universel en visitant les grands musées de New York, Washington, Baltimore, Philadelphie, Chicago, Detroit… Revenu en France,  il étudie l’art chinois et se rend en Extrême-Orient.

Dans la queue de comète des  événements de mai 1968, il devient en 1969, proche des écrivains et des philosophes qui ont fondé la revue et le groupe d’avant-garde intellectuelle « Tel Quel », Philippe Sollers, Julia Kristeva…

En 1972, Kirili expose sa première sculpture à la Galerie d’Iléana Sonnabend à Paris. C’est une feuille de zinc découpée à froid. La même année, son premier modelé abstrait est une glaise crue plantée d’une mince plaque d’acier. Dorénavant, Iléana Sonnabend montre régulièrement son travail à Paris et à New-York. En 1976, Kirili expose à New York :  à la Clocktower, à la galerie John Weber et au « Moma PS1 ». Il rencontre Robert Morris, Robert Ryman…

En Autriche, au Tyrol, Alain Kirili entre dans une nouvelle phase de sa création  le travail du fer forgé, avec l’artisan Florian Unterrainer. L’année suivante, il participe à la « Documenta 6 » à Kassel et il se marie, en octobre, avec la photographe Ariane Lopez-Huici.

En 1978, Alain Kirili voyage en Inde : il découvre les sculptures Yoni-Lingam qui auront une grande importance pour son œuvre, le socle ayant une fonction symbolique rare dans l’histoire de la sculpture.  Il prend de nombreuses photographies.

A Paris, dans un atelier de potier, il découvre la possibilité de cuire dans la masse, une forme de terre des inclusions de fer. La galerie Sonnabend de New York organise sa première exposition personnelle. En mai 1979, alors que le  MOMA de New-York  vient d’acquérir une de ses œuvres: « Indian Curve » il donne y une conférence sur “L’extase dans la sculpture baroque”. 

Alain Kirili s’installe à New York en 1980. Face au dernier atelier de Barnett Newman… Il crée sa première sculpture de la série « Commandement ». Passionné par l’Inde qu’il a découverte en 1978, il y revient pour  photographier dans le temple de Tanjore la liturgie du Yoni-Lingam, les principes du Masculin et du Féminin. 
À Paris dans un atelier de potier, il découvre la possibilité de cuire dans la masse, un forme de terre des inclusions de fer. La galerie Sonnabend de New York organise sa première exposition personnelle. En mai 1979, alors que le  MOMA de New-York  vient d’acquérir une de ses œuvres: « Indian Curve » il donne y une conférence sur “L’extase dans la sculpture baroque”

Alain Kirili s’installe à New York en 1980. Sur le même palier travaille Barnett Newman… Il crée sa première sculpture de la série « Commandement ». Passionné par l’Inde qu’il a découverte en 1978, il y revient pour  photographier dans le temple de Tanjore la liturgie du Yoni-Lingam, les principes du Masculin et du Féminin.
Dès lors, son temps se partage entre Paris et New York où il enseigne, en 1982, la théorie et de la pratique de la sculpture à la « School of Visual Arts » de New York. En 1984, le Moma achète une autre de ses sculptures, « Cortège », en fer martelé et il crée son premier bronze monumental, « Grande nudité ». L’année suivante, il est à Paris pour son exposition-dialogue au musée Rodin entre ses œuvres  et celles de Rodin. Il prépare son livre sur « Les dessins érotiques de Rodin (qui paraît en 1987).  En 1986, il inaugure dans le jardin des Tuileries, sa sculpture « Grand commandement blanc ». Il apprend, à New York à forger l’aluminium ce qui donnera naissance aux séries « Kings » et « Oratorio »
Le jazz va jouer un rôle important dans la création d’Alain Kirili. En 1992, le premier moment marquant est l’intervention du saxophoniste soprano Steve Lacy autour des éléments de sa sculpture « Commandment » au « Thread Waxing Space » de New York. Alain Kirili publie en 1997, chez Christian Bourgois, « Célébrations » où il décrit les liens entre le jazz et ses sculptures à la lumière de sa pratique avec celle de Cecil Taylor, Steve Lacy, Roy Haynes, Billy Bang, Archie Shepp, Sunny Murray etc.
L’inauguration, en 1996,  du « Grand Commandement Blanc » aux Tuileries, à Paris, après la restauration du jardin va donner le départ d’une collaboration avec le Ministère de la Culture et de la Communication qui lui confie le choix et la mise en place de « La sculpture du XXème siècle » dans le jardin des Tuileries . Une rétrospective de ses œuvres de 1980 à 1999 est organisée au musée de Grenoble en 1999.

Avec le siècle qui s’ouvre en 2000, Alain Kirili innove en travaillant la résine et en expérimentant le modelage de la  résine et la coloration de cette matière. L’année suivante, il crée des terres cuites couleur chair et des modelages polychromes en cire. Carpeaux, maître du modelé du XIXème siècle fait l’objet d’une exposition-dialogue Carpeaux-Kirili en 2002. L’ « Ascension », commande publique, est installée à l’abbaye de Montmajour, près d’Arles.

Une autre exposition-dialogue, autour de Julio Gonzales, se tient en 2003, à Valencia, en Espagne, au musée IVAM. En mars-avril,  à l’École nationale des Beaux-Arts de Paris, Alain Kirili organise la première exposition de dessins de David Smith. Dès l’été, le sculpteur repart pour le Mali où il forge sa série « Segou ».

En 2004, Alain Kirili va au Sénégal pour y forger des sculptures en fer martelé ; il va travailler à Beyrouth pour y expérimenter la sculpture dans une usine d’aluminium ; à New York, son exposition à la « New York Studio School », est accompagnée par  d'un concert de musique improvisée par Leroy Jenkins, Daniel Carter et Thomas Buckner.
L’année suivante, c’est dans les jardins du Palais Royal à Paris que son exposition des séries « Segou » et « Totem » est accompagnée, pour son inauguration, d'un concert de musique improvisée par Joseph Jarman, Dalila Khatir, Jérôme Bourdellon et Thomas Buckner, sur la scène du théâtre du Palais-Royal. En 2006, dans la série d'exposition "Correspondances" au Musée d'Orsay, Alain Kirili crée un dialogue entre sa sculpture « Un coup de dés jamais n’abolira la sculpture » et les photos du « Balzac » de Rodin par Edward Steichen. Cette sculpture est placée face à « L’Origine du monde » de Gustave Courbet.

À New York, en 2007, la Salander-O'Reilly Gallery propose une exposition Kirili-Lachaise, dans laquelle sont exposées « In Extremis » et « Nataraja ». Un recueil de ses écrits et entretiens « Mémoires de sculpteur », est publié aux éditions de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Le Musée de l'Orangerie l’invite à exposer ses sculptures et dessins en dialogue avec les « Nymphéas » de Claude Monet. Pour cette exposition Kirili et les Nymphéas, il réalise « Commandement, à Claude Monet », premier « Commandement » monumental réalisé en béton coloré. Espace Massena, dans le XIIIème arrondissement de Paris, il inaugure aussi sa sculpture monumentale en pierre de Bourgogne, « Hommage à Charlie Parker ». L'émission radio « À voix nue » lui consacre une semaine d'entretiens réalisés par Thierry Dufresne, « Paris. + Voyage en Inde ». 

À Paris, en 2008, Kirili est invité par l' « Institut National d'Histoire de l'Art » à présenter l'œuvre du sculpteur Etienne Martin qu'il a bien connu. L’éditeur Mutablemusic réalise et diffuse le coffret CD-DVD « Kirili et les Nymphéas - Hommage à Monet - Improvised music at the Musée de l'Orangerie », enregistré lors du concert qui s'est déroulé au Musée en 2007. À Paris et New York, il crée les séries de sculptures en fer martelé « Equivalences », « Uccello », « Visitation », les ensembles de terres cuite « Adamah » et « Ivresse », et les dessins « Équivalences ».

En 2009,
 Alain Kirili présente son travail lors d'une conférence avec Paul-Louis Rinuy à l'INHA, Paris. Le film "Alain Kirili, sculpteur de tous les éléments", réalisé par Sandra Paugam, est présenté pour la première fois à NYU, à Paris. Alain Kirili participe à plusieurs expositions collectives : « Sculpture & Drawings » avec Larry Bell, John Chamberlain, Mark di Suvero, Richard Serra, Joel Shapiro… à la galerie Danese de New York ; « Triple Play » organisée par Lilly Wei, avec John Duff et Ron Gorchov à la Lesley Heller Gallery à New York ; « NY Masters » avec Ron Gorchov, Judy Pfaff, Alexander Ross, et Frank Stella, à la Galerie Jean-Luc & Takako Richard à Paris; et l'exposition Dialogue « Sculpture by Alain Kirili and Painting by Frank Olt », organisée par Elaine Berger au « Nassau County Museum of Art Contemporary Gallery », Roslyn Harbor, NY. Invité par Philippe Piguet, il expose sa sculpture « Ascension III » et ses terres cuites « Adamah » à l'Abbaye de Saint-Jean d'Orbestier, Château d'Olonne. Une exposition personnelle en dialogue avec le peintre Ron Gorchov est présentée à la Galerie Jean-Luc & Takako Richard, à Paris. Alain Kirili participe également au catalogue « Sol LeWitt 100 Views » du MASS MoCa avec son texte « Sol LeWitt: A New Calligrapher".

En 2010,
Alain Kirili montre son dessin « Forge » dans l'exposition collective "Works on Paper " , avec John Chamberlain, Richard Serra, Joel Shapiro, à la galerie Danese à New York. Le sculpteur peint en rouge ses nouvelles verticalités martelées dans sa série d'oeuvres « Burning Bush », « Adam I », « II » et « III », et « Zips ». Il développe dans la même énergie la série de dessins « New York Incandescence » au fusain noir et pastel gras rouge sur papier calque.

À Grenoble, en 2011, Alain Kirili inaugure sa sculpture monumentale "Résistance", placée dans un espace paysagé d'Alexandre Chemetoff. Il expose ses dessins au Musée de Grenoble. En juillet, une nouvelle installation de "Ascension" est installée à l'extérieur de l'abbaye de Montmajour. En septembre, dans les jardins du Musée de Caen, sa sculpture « Geste de Résistance » est inaugurée, accompagnée par un texte de l'historien Robert Paxton, « The Eye of Hitler ».


En 2012, se tiennent des expositions personnelles à la galerie Akira Ikeda, à New York et à Berlin. Kirili  fait un séjour à la fondation Hartung-Bergmann où il crée ses sculptures en fils de fer « Aria » avec l’assistance de Roland Massenhove. Un entretien avec Robert Morgan est publié dans le « Brooklyn Rail ». Il publie un article dans Libération: « Pussy Riot, le retour des Guerillas Girls ». Suivent des expositions « Kirili-Hartung » au musée Picasso et à la Fondation Hartung-Bergmann d’Antibes. Son Exposition/installation « Rythmes d’automne » est montrée sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris.
Cette année, outre l’événement à « Pièce unique » et  « Variations »,  une exposition Alain Kirili/ Ariane Lopez-Huici se tient à Caen, au musée des Beaux Arts.

Voilà donc pour la trame d’une aventure artistique qui trouve son sens dans cette recherche et la vénération de la Verticalité. Alain Kirili n’est pas un un artiste du plat - qui peut tourner au  calme plat, voire à  la platitude -. Les deux dimensions ordinaires, celle  de la longueur et celle de la largeur, lui sont radicalement insuffisantes. Kirili ne se sent à l’aise que lorsqu’entre en jeu la troisième dimension celles des formes et celle de la hauteur.

Les formes sont pour lui la matière même de son expression. Il les modèle avec sa main. Animée par la force de son esprit, de son imagination, de sa sensualité surtout qui est pour lui le guide. J’ai eu le bonheur, voilà de nombreuses années, de voir Alain Kirili, dans son atelier parisien, prendre une motte de glaise et, au son d’une musique de jazz, combattre avec elle, comme Jacob avec l’Ange. C’était comme une danse sauvage, un rituel fantastique qui avait pour effet d’imprimer avec violence et maîtrise au sein de la terre l’ensemble des sensations qu’il éprouvait, y inclure les rythmes et les notes de la musique, lui insuffler une vie propre et la conduire jusqu’à l’orgasme d’une perfection, y compris dans le non-finito,  secrètement et intimement exigée. Qu’il s’agisse de la terre, du béton, du fer, du bronze, de l’aluminium… Alain Kirili joue en virtuose  avec les éléments : la terre, le feu (comme tout forgeron), l’air (cette aspiration à une la verticalité retrouvée).

Alain Kirili, dans ses « Commandements » avait de façon plus discrète, déjà institué la verticalité de l’alphabet hébraïque. Chacune des lettres se dressant pour affirmer sa puissance. La lettre debout, la colonne, le totem sont pour Alain Kirili les figures les plus abouties de la Verticalité. Quoi en réalité de plus symbolique et de plus fort ? La Verticalité est  dans toutes les civilisations le signe de l’humanité qui, depuis  l’animalité originelle, par la station, a fait émerger et épanouir sa cérébralité. C’est ce que signifient sans doute les obélisques égyptiennes, c’est ce que dans ses « Pensées mourides », expression d’une philosophie soufie qui a son centre à Touba au Sénégal, exprime le poète et philosophe Al-Zeituni : « La verticalité ouvre le champ de la spiritualité, de la hauteur, du recul, la Voie ». Il ne peut échapper que le vertical est aussi, comme en témoignent  aussi bien les figures peintes dans les cavernes les plus diverses par l’artiste préhistorique que dans l’art de l’inde et des Extrêmes-Orients le signifié du phallus. C’est à dire de la sexualité. C’est à dire la vie.
Il me plait assez de penser qu’en associant avec tant de puissance la sensualité ( des matériaux, des formes, de la musique ) à la sexualité et à la spiritualité, Alain Kirili accomplit une œuvre d’une humanité et d’une contemporanéité remarquables.

Jacques Bouzerand


(Corrections apportées le 2/04/2013)
Les images de cette page sont sous Copyright d'Alain Kirili.



  














Alain Kirili
« Qui a Peur de la Verticalité ? »
21 Mars – 18 Mai 2013

Galerie Pièce unique et Pièce unique variations
Rue Jacques Callot ;  rue Mazarine       PARIS

lundi 11 février 2013

Dossier pour 4 artistes: Rédoulès, Nouyrit, Lévrier-Mussat, Samson-Dissès








Dossier d’information

Exposition : Carte Blanche à Jacques Bouzerand

14 février – 19 mars 2013

Karin et Berthold Müller m’ont offert une Carte Blanche dans leur Galerie Gimpel & Müller, de Saint- Germain-des-Prés. Journaliste, écrivain, critique et historien d’art, jamais je n’avais eu le bonheur de concevoir une exposition, en outre dans un lieu aussi prestigieux.
Pour cette galerie consacrée aux abstractions de l’après-guerre, j’ai choisi des créateurs proches de ces critères formels. Pas de figuration donc, ni d’allusion lyrique. Mais une grande liberté. Et un haut niveau de qualité.
D’emblée, j’ai pensé aux Incisions de Jean Rédoulès, aux peintures d’ André Nouyrit et d’Alain- Jacques Lévrier-Mussat, aux Traits de Denise Samson-Dissès.
À vous de voir.          JB


NOTE :
Jacques Bouzerand est journaliste, critique d'art, réalisateur de documentaires, écrivain.
Après des études de littérature, de sémiologie et de sociologie (doctorat) Jacques Bouzerand a été journaliste à L'Aurore (1967-72), rédacteur en chef-adjt au Point (1972-92), rédacteur en chef de Globe-Hebdo (1992-93), conseiller technique du ministre de la Coopération; directeur de la communication de France 5 et de Arte.
Sa première interview est celle de Zadkine en 1957. Il écrit des livres sur l’art (Yves Klein... ) des préfaces, des articles sur l’art pour Le Point, Le Figaro (Marché de l'art); Parcours (Arts); Femmes (Arts)...
Son blog, monoeilsurlart.blogover.com est publié aussi sur le Monde.fr



JEAN RÉDOULÈS

Jean Rédoulès : L'art pour terroir
Jean Rédoulès est un artiste rare. Il est de ces sages qui mènent leur vie en dehors des circuits médiatiques et agités des capitales et qui ont ainsi, de saison en saison, la liberté d'approfondir leur travail en allant toujours plus loin dans leur recherche. Toujours plus près dans l'approche d'un bonheur de création.
Cet homme du terroir, ce Quercynois de profonde souche, a été médecin. Un excellent médecin toujours présent dans les mémoires alors qu'il a dépassé les quatre-vingt dix ans (il est né en 1921). Longtemps médecin de campagne à Pélacoy, commune de Francoulès, dans les Causses du Lot, puis médecin de ville à Cahors. Dans cette France des entrailles à la fois rustique et cultivée, riche de traditions et secrète dans son expression.
Autant dire que de l'humanité ( et de la réflexion sur l'humain ) Jean Rédoulès connait tous les détours. C'est ce chemin patient et cette expérience dense qui ont nourri son art. Il a été aussi à bonne école: son aîné, son ami de territoire, son frère de pinceaux, de crayons, de couleurs et de formes, était lui-même un des plus grands artistes français contemporains, Roger Bissière. Voisins des mêmes terres arides, ils se voyaient souvent et se plaisaient, dans l'atelier de La Boissièrette, près de Cazals dans le Lot, à se poser mutuellement les questions que les artistes se posent sur leur métier depuis que l'homme a eu l'éclair, l'envie, l'idée, comme à deux pas de là, dans la grotte de Pech-Merle, à Cabrerets, de fixer pour l'éternité – ici sur une paroi rupestre - leur paysage mental. Puis d'autres après eux...
À cette passion, Jean Rédoulès, à Cahors, à Saint-Michel-de-Cours, s'est exercé sous de multiples formes. Et chaque fois, sur le papier, sur la toile, dans des sculptures, des constructions... il a tenté de donner à son imagination la traduction exacte. Ces œuvres sont montrées, ici ou là, à quelque trop peu fréquentes occasions. En 1978, il participe à l’exposition "Nationale 20"en pleine nature près de Cahors (avec Jean Clareboud, Louttre.B, Bernard Pagès, André Nouyrit, Jean-Pierre Pincemin, Claude Viallat...) Ainsi, peut-on voir son travail dans les beaux murs cisterciens de l'Abbaye de Beaulieu-en Rouergue, sauvée voilà des années par Pierre Brache et Geneviève Bonnefoi : ses « portes » notamment, sombres, rurales, mystérieuses, ouvrant sur l'inconnu. Au Musée Henri Martin de Cahors, régi avec intelligence par Laurent Guillaut, Jean Rédoulès déploie, en 2001, toute sa panoplie dans une belle rétrospective intitulée « Chemins de terre ». Il y a là de beaux pastels à l'huile inspirés par les incitations sous-jacentes de l'actualité et de la rumeur du monde; des « Incisions », pratiquées à l'Opinel n° 8, sur des feuilles de Canson blanches, colères puissantes et retenues, traces de moments, graphies intimes, jeux de lumières ( blanc sur blanc ) ; et une cinquantaine de statuettes de buis travaillé au couteau, au burin, au ciseau à bois, figurant de petits personnages, lutins, trolls... Dans la salle du Temple, à Caussade, plus tard, un choix restreint de ses œuvres rappelle sympathiquement leur diversité et leur complémentarité.
Jean Rédoulès est présent, en 2007, dans le circuit « Chemin des Arts » avec neuf autres
artistes vivant dans le Lot: Christiane Le Guen, Alain Prillard, Christian Destieu, Pierre Prévost, Pierre-Jérôme Atger, Dominique Garnal, Georges Guiard, Michel Dupuy, Philippe Quirin. Présent aussi au château de La Roussille, à Pradines, où Marie-Pierre et René Bonnave, ont invité en juin 2009, Jean Rédoulès ( Sculptures en Hommage à Morandi ), Jaco ( Jérôme Bosch, l'Afrique, la
musique ), Rosi Larapidie ( peintures autour du cirque, des oliviers ) ainsi qu' Alain Turpault ( photos sur le Mali ). Etc. etc.
Il participe aussi à l'exposition organisée par Commune-Art à la mairie de Francoulès du 23 octobre au 12 novembre – conjointement avec des œuvres de Jean-Pierre Rodrigo. En 2013, du 1er février au 29 mars il est l’invité au Kremlin-Bicêtre, du centre culturel André Malraux où est déployée une belle rétrospective de ses trouvailles inventives. On y lit la vivacité jamais en défaut de cet « honnête homme », policé, cultivé, attentif, qui a fait de la médecine sa philosophie et de l'Art son domaine d'évasion et d'accomplissement.
J. B.
« Des œuvres qui me ressemblent » par Jean Rédoulès
Il y a toujours une certaine impudeur à se mettre à nu, surtout quand on se dirige vers le terme de sa vie. Mais je ne peux m’empêcher de fabriquer des oeuvres qui me ressemblent.
Il y a là des paysages plus ou moins allusifs en rapport avec le pays où je suis né et où j’ai vécu, pays aride et rocailleux. Il y a une série sur le désert. Le désert, pays riche d’esprit, lieu des poètes, des mystiques et des conteurs. Il y a une série sur l’écriture. J’ai incisé le papier et obtenu un graphisme cunéiforme. J’y ajouterai des papiers déchirés et recomposés. Tout cela a pour moi le mérite de la sincérité et de la spontanéité. Regardez-vous dans ce travail et peut-être arriverez-vous à y trouver une satisfaction et un apaisement.
RÉDOULÈS PRIMITIF
Dans l’évolution récente du primitivisme en France depuis les années 1970, les artistes du Quercy occupent une place singulière dont la pertinence, aujourd’hui que les biotechnologies tendent à modifier les fondamentaux du vivant, prend de plus en plus valeur d’évidence. Jean Rédoulès est particulièrement représentatif de la disposition perceptive de ces créateurs pour lesquels la nature est un référent et un partenaire immédiats, à la proximité diversement incitative. Sa formation au contact de Roger Bissière et sous l’influence du surréalisme lui a procuré la plus grande aptitude à engager l’expressionnisme primitif dans les voies d’une représentation touchant aux manifestations symboliques de l’activité humaine. Constructions, écritures, personnages-branches, peintures de paysages noires sont les axes principaux d’une esthétique épurée et secrète dont l’hétérogénéité étend l’exploration des potentialités de la main à l’analyse anthropologique du « faire trace ». Rédoulès se rapproche ainsi des convictions vitalistes de l’arte povera tout en présentant une pluralité expressive répartie au rythme de l’investigation productive du sujet. S’ensuit une invitation à l’hétérogénèse (la singularisation des pratiques subjectives), dont une socialité réconciliée avec la pensée sauvage pourra désormais s’inspirer, ainsi suggérée à chacun comme moyen d’intensification possible de ses émotions, tant représentative de la prodigalité naturelle que directement émergée du sensible.
Luc Rigal
in catalogue d’exposition
‘Jean Rédoulès’ - ECAM Le Kremlin Bicêtre février/mars 2013


ANDRÉ NOUYRIT

Sa stratégie a toujours été celle de la discrétion. Il n'y a pas gagné en surface de notoriété, dans un milieu de l'art où la communication, l'apparence et le faire-savoir sont devenus des composantes majeures. Il y a en revanche beaucoup acquis en profondeur et en épaisseur. Ce qui est tout de même plus important. Il se considère comme un artiste très marginal, c'est à dire non inscrit au répertoire convenu des écoles et des groupes, mais fondamentalement engagé dans la quête de l'identité de notre époque dont il se veut, à plein, partie prenante. Percutante, originale, chargée de sens, son oeuvre, en pleine maturité, est manifestement importante. André Nouyrit est né à Cahors à la fin de l'année 1940 dans une famille très enracinée dans le terroir quercynois et très
avertie des choses de la culture et de l'art. Quand, bac en poche, il « monte faire les beaux arts », à Paris , en 1958, il s'inscrit, ce qui est déjà un signe de densité personnelle, à l'atelier d'art sacré d'Edmée Larnaudie. Les années soixante et soixante-dix sont pour lui celles de l'apprentissage. A Paris d'abord, puis pour quelques mois, dans l'arrière pays niçois, à proximité de l'atelier de son ancien condisciple et ami du lycée de Cahors, Bernard Pagès, un grand artiste novateur aujourd'hui reconnu et confirmé, puis à Barcelone, où il demeurera une année. En 1972, il se fixe à nouveau dans le Lot. A Savanac d'abord, dans la vallée chaleureuse et facile, riche et sereine, puis, en 1976, à Aujols, sur le Causse, rude et rugueux, intense et habité. De son travail de cette période, il ne reste, hélas, plus rien. L' incendie de son atelier détruit irrémédiablement, en 1977, toutes les oeuvres qu'il avait créées jusque là et notamment celles qu'il avait pu exposer, en 1963, à Paris, à la galerie des Beaux Arts et, en 1967, à l'Atelier d'Alésia.
Mettant à profit cette catastrophe, André Nouyrit en fait l'occasion d'une refondation. Dans la solitude de la grange en pierres sèches ou sous l'auvent de tuiles romaines qui sont les espaces rustiques où il organise sa création, face à face avec la nature sauvage, lieu suprême de réflexion, en une confrontation têtue avec les éléments, il va définir sa propre route. Celle d'un pèlerin de l'inconnu, d'un sourcier à la recherche du fleuve souterrain de nos secrets. 1978 lui offre la possibilité de mettre en scène sa nouvelle production dans le cadre extérieur de l' exposition mémorable "Nationale 20", où figurent à ses côtés Pincemin, Viallat, Pagès, Rédoulès, Louttre B., Clareboudt... Et à Nice lors de la 5ème biennale de la jeune peinture méditerranéenne. Dès lors sa machine personnelle à engendrer des formes et à exciter des couleurs va prendre un rythme soutenu mais sage et réfléchi. André Nouyrit n'est pas du genre à surproduire. S'il prend beaucoup de notes, et à longueur de journées, sur des papiers, des cahiers saturés de dessins et de mots, ses toiles et ses sculptures ne sortent qu'en petit nombre chaque année de chez lui. "Il me faut énormément travailler pour dire quelque chose. Je ne veux pas, je ne peux pas tomber dans le panneau de la facilité. Il faut que je lutte contre moi même, que je me batte contre ma sculpture, que je me batte contre mon tableau. Si je suis spontané dans mon désir, je ne le suis pas dans ma création. Je ne suis pas un gestuel" dit il. "Ostinato rigore", comme Léonard de Vinci, André Nouyrit pourrait faire sienne cette maxime. La rigueur dans l'attention qu'il porte à la nature, aux éléments qui l'entourent, à la vie, expliquent la tenue et la tension de ses productions. Son clavier, son matériau d'intervention, ses outils, la proximité les lui fournissent. Les champs, les tertres, les forêts, les oiseaux lui offrent leurs joyaux. Il les choisit, leur insuffle de l'âme. Les richesses de son laboratoire tiennent en quelques mots que pouvaient utiliser aux tréfonds de notre histoire de l'humanité les artistes magiciens de cavernes comme celle, si proche, de Pech Merle, ou qu'utilisent aux antipodes de notre géographie régionale, les chamans et les sorciers d'Afrique, d'Amérique ou d'Océanie.

 C'est la terre et la force tellurique qu'elle recèle, la pierre chargée d'énergie et de mémoire, le bois, chêne, érable, ormeau... qui a puisé sa constitution dans le sol, l'herbe, qui vit, se dessèche et s'effrite en mourant, l'os, qui a été la charpente de l'être vivant, la plume, qui fut sa parure et l'instrument de son envol. Il y a aussi la toile, brute ou cou- sue, rapiécée, personnalisée, drap, nappe, vêtement... il y a enfin les pigments qui sont la folie, le génie de l'artiste et sa liberté totale et souveraine d'expression. Il en fait vibrer toutes les richesses en recherchant le beau. C'est à dire le vrai. Entre l'artiste et son oeuvre, "une sacrée maîtresse qui te fait enrager chaque matin", s'engage une empoignade sévère et sensuelle. A mi-chemin de la parade des lutteurs et de la parade amoureuse des fauves.
André Nouyrit jouit de maîtriser les éléments, d'imprimer son tempo aux ordon- nancements des pièces, d'inventer la forme de ces "présences" qu'on a baptisées "totems", de tisser des bandes de papier portant sa griffe, de taillader la toile pour la pénétrer avec des bâtonnets et surtout de l'illuminer d'un chatoiement de couleurs. André Nouyrit se sert de la couleur comme d'un révélateur. D'un projecteur de sens. De la couleur? Non, des couleurs. De ses couleurs qui se heurtent, s'affrontent, s'émeuvent l'une l'autre, appliquées aux matériaux, aux supports qu'elles exaltent. De la période des "présences", ces sculptures de bois qui lui sont alors nécessaires pour combler un vide et pour pallier, "dans le désert", la solitude, jusqu'à celle des toiles de ces dernières années, une vraie cohérence se trame. Elle est dans son regard sur ce qui l'entoure. Et surtout dans sa réaction. Ici, face au vide, la résistance qu'il lui oppose. Là, à travers le cadre d'une fenêtre symbolisée, la question posée du sens à laquelle il répond par le dialogue conflictuel entre une peinture raffinée et des inclusions agressives. Les perspicaces ont déjà très bien perçu l'intérêt, la qualité et la puissance du travail d'André Nouyrit. Depuis 1978, ils ont pu voir ses oeuvres présentées à l'occasion d'une trentaine d'expositions "de groupe", de Paris à Francfort, de Toulouse à Stockholm, de Deauville à Trèves, de Belgrade à Montauban, Souillac, Belgrade, Pau, Beaulieu... et montrées lors d'une vingtaine d'expositions personnelles à Paris, Toulouse, Rouen, Saint-Cirq Lapopie. De nombreux collectionneurs et institutions ont déjà saisi l'opportunité d'enrichir leur jardin secret de ses propositions puissantes et d'enrichir à leur fréquentation leur sensibilité au monde .
J. B. (1997)


ALAIN-JACQUES LÉVRIER-MUSSAT
Alain-Jacques Lévrier-Mussat est né à Grenoble en 1971. Entre école des Beaux-arts et Sciences politiques, ce passionné a commencé par travailler durant plusieurs années au Musée d’art contemporain de Lyon ainsi qu’au musée d’art moderne de Saint-Etienne. Installé aujourd’hui dans le département des Hautes-Pyrénées, il se consacre entièrement à son travail de plasticien dont le fondement artistique repose sur la révélation à la fois sémantique et esthétique des propriétés d’un pigment bleu.
Les «compositions» qui découlent de cette démarche très exclusive s’appuient systématiquement sur des variations de textes et sur une dissection du livre considéré comme objet. Ce qui pourrait se traduire comme l’invention d’une improbable équation. Un bleu et un seul d’une part, les livres comme autant d’inconnues de progression de l’autre.
Si le bleu peut être considéré comme un terrain de recherche et d’expériences, les ouvrages constituent les moyens concrets d’approfondissement du « sujet ».
L’œuvre, oscillant entre opacité et transparence de la matière, surface et profondeur de la pensée, apparait comme l’échafaudage intime d’une mesure de soi. Dans cette confrontation étroite, il est d’abord question de temps et de mémoire.
En admirateur discret du monde souterrain de la philosophie et de l’histoire de l’art, l’artiste échafaude sans concession et patiemment son schéma... Les références du processus sont répertoriées dans un manuscrit dont l’artiste publie les strophes à l’occasion de chacune de ses expositions. (Disponible par mail sur simple demande : ajlm.cl@free.fr)
Alain-Jacques Lévrier-Mussat expose régulièrement depuis 1999 essentiellement en France, dans différentes galeries, centres d’art et autres lieux soutenant des démarches singulières.
A Paris, il participe chaque année à l’actualité du salon historique des Réalités Nouvelles dont l’objectif est de recenser les multiples tendances contemporaines de l’abstraction.
Soutenu par la galerie «Art Sud» (Toulouse), la « Galerie 88 » (Bagnères-de-Bigorre) & la galerie « Acéphale » (Tours)
Prix fondation « Neues Glass » – Düsseldorf. (2001)
Acquisition fond Galerie Inge Tries. Cologne (2003)
Réalisation de commandes publiques. Vitraux pour l’Abbatiale romane de Saint-Savin (2007) & Abbaye de l’Escaladieu (2012)
Dernières expositions personnelles
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Musée Borda. Dax (Mars / Juin 2012)
Abbaye cistercienne de L’Escaladieu. (Juillet / Septembre 2012)
« La lumière d’un bleu »
par Alain-Jacques Lévrier-Mussat
« Sans le vertige de la lumière d’un bleu, je ne serais probablement pas devenu peintre. Je me suis noyé dans cette vision pour inscrire une mémoire sur le fond de mon œil. Sans les livres, je n’aurais pas supporté cet enfermement. Ils sont le fil conducteur de mon écriture et le toit de ma peinture ». Décembre 2011
Extraits d’un courrier de Alain-Jacques Lévrier-Mussat
Je sais ma fascination pour les "gris de plomb" et les "déprogrammations" de Jean-Olivier Hucleux, la mécanique chiffrée d'Hanne Darboven, le mystère des carrés de Josef Albers et la beauté des "pierres d'olive" de Joseph Beuys.
Les "Ecritures / Lumière" s'inspirent d'une large connaissance de l'oeuvre de Matisse mais surtout d'une photographie de lui prise au moment où il découpe encore ses derniers papiers gouachés... Autour de son fauteuil, le sol est recouvert de résidus. A cet instant de "confusion de la matière" se profilent probablement les prémices d'une ultime composition magistrale. Ce qui m'a fasciné, c'est la "saisie visuelle" du processus, sans discours, ce moment de plénitude, de suspension, ce silence qui précède le résultat que l'on connaît tous.
J'ai travaillé pour ma part dans le souvenir de cette image en découpant des carrés dans les feuilles vierges d'un livre blanc, page après page, pour dessiner la possibilité d'une écriture agrandie par la suite sur des feuilles de verre... Le livre sera présenté à l'exposition.
Janvier 2013



DENISE SAMSON-DISSÈS
Denise Samson-Dissès est née à Saïgon, de père français et de mère vietnamienne. Elle passe sa petite enfance au Vietnam et s’établit en France, à 8 ans, à Cahors (Lot), avec son père. Celui-ci l’élève dans une culture totalement française et l’initie, dès cet âge, à la peinture, à la musique, au théâtre, à la littérature, à travers musées et galeries, salles de concert et de théâtre, notamment lors de fréquents séjours à Paris.
À 15 ans, Denise Samson-Dissès découvre son attirance pour la peinture moderne lors d'une exposition de Bernard Buffet en 1955 au Musée Galliéra à Paris. Elle se jette alors sur tous les livres et revues d'art que lui offre la bibliothèque municipale de Cahors, en face de son domicile. Elle dessine et elle peint. Et veut devenir artiste peintre. Son père, un haut magistrat à la retraite, est très réservé sur ce projet trouvant que ce n’est pas un métier « sérieux », « surtout pour une fille ». Malgré tout, pour ne pas la désoler, il lui fait passer, l'année du baccalauréat, le concours d’entrée à l' École Claude-Bernard, qui prépare, à l'époque, au professorat de dessin. Denise Samson-Dissès, à son grand soulagement, est collée. Elle n'envisage pas du tout la peinture à travers le métier d'enseignant.
Son bac obtenu, elle mène alors des études "sérieuses": médecine à la Faculté de Toulouse . Mais aussitôt les deux premières années de médecine terminées, elle suit pendant trois années les cours du soir à l'École des Beaux-Arts auprès du professeur Raymond Espinasse qui est pour elle un mentor.
Son métier de médecin et ses occupations familiales lui mesurent par la suite le temps qu’elle peut réserver à ses pinceaux. Mais elle reste aux aguets et ne cesse jamais de visiter les musées, les galeries, de se documenter, de parfaire son goût et sa culture artistiques. Son second grand choc pictural est un tableau de Jackson Pollock, lors de sa rétrospective au Musée Georges Pompidou, en 1982. Elle y a la révélation de la peinture abstraite qui, dès lors, la passionne. Le Musée d'Art Moderne de San Francisco et le MOMA de New York lui font découvrir les peintres expressionnistes et abstraits américains. L’abstraction devient son univers d’expression.
Dès qu'elle le peut, elle se met à la retraite de médecin pour reprendre activement ses pinceaux, ses couteaux. Son appétit pour tout se qui touche à l'art et à la création la conduit aussi vers la sculpture et le travail de la céramique, du métal ou du bois .
Parallèlement elle ouvre à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) -où elle a fait toute sa carrière médicale- une petite galerie d’art, la Galerie 88 , où elle expose en période estivale des oeuvres d'artistes dont elle partage la sensibilité.
J.B.
Pricipales expositions:
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2007 : 2008 :
2009 : 2010 : 2011 :
2012 : 2013 :
Peintures - Musée Larrey - Beaudéan ( 65 200 )
" EST/OUEST - Destins et Talents "- Théâtre de Montrouge ( 92 120 )
" DUO CERAMIQUE "- Atelier Terre et Feu – Bagnères-de-Bigorre ( 65 200 )
" Pastel et Pigment, Terre et Béton "-sculptures - Musée Larrey - Beaudéan Sculptures - Galerie 88 – Bagnères-de-Bigorre
" Variations en Blanc " , peintures - Galerie 88 – Bagnères-de-Bigorre
c'ARTe blanche - Hilde Laureyn , Art Consulting - Lettelingen - Belgique
" CUBE "- sculptures - Galerie 88 – Bagnères-de-Bigorre
c'ARTe blanche - Hilde Laureyn, Art Consulting - Lettelingen - Belgique
( prévue ) " Hommage à Adrian Pic " sculptures - Galerie 88 – Bagnères-de-Bigorre


"Le Trait" par Denise Samson-Dissès

"Du fait de mes origines asiatiques, mon travail s'inspire de la culture extrême-orientale, ici, chinoise. Cette série s'intitule « le Trait ». Il s'agit du trait de l'écriture, qu'il soit calligraphique, utilisé par les lettrés, ou idéographique d'usage courant. Mais c'est également "l'Unique Trait de Pinceau" qui a été si bien mis en exergue par Shitao, peintre-philosophe de l'époque Ming puis Qing, et qui était déjà prôné trois siècles auparavant, dès l'époque Song, comme guide dans l'oeuvre picturale.
Dans mes sculptures, le vide a autant d'importance que le plein, et même plus, car il détermine précisément la forme et les limites du plein. Le Vide et le Plein sont indissociables et sont à la base de la pensée chinoise. Une lumière zénithale ou transversale sur la sculpture, décrit un jeu d'ombres rappelant des inscriptions calligraphiques.
Le matériau ici est l'acier, peint aux couleurs de la Chine :
- Rouge , couleur-symbole de la Chine ,
- Blanc , couleur du Yang , principe vital primordial,
- Noir, couleur de l'encre utilisée pour l'écriture et les peintures monochromes anciennes ou contemporaines, pour les lavis; mais aussi couleur du Yin.
Ces sculptures veulent dégager une impression de mouvement, de rythme. Elles veulent exprimer un geste ample, mais sûr, nécessaire à toute écriture. "

jeudi 31 janvier 2013

Invité du blog, Paul Ros écrit sur Pierre Soulages


Paul Ros, étudiant à Grenoble, m'a fait parvenir ce texte sur sa découverte en grandeur nature de la peinture de Pierre Soulages. J'ai beaucoup apprécié sa façon de voir.
 

Œuvre nue, œuvre noire

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Peut-être que les photographies d 'exposition, sur les catalogues et les livres, ont aidé. Pendant ces longs moments où j'ai observé et admiré le travail de Pierre Soulages exposé au Centre Pompidou, je commençais à sentir une profonde curiosité pour ces œuvres singulières. Du noir sur quelques dizaines de centimètres carrés de papier glacé tout au plus, évidemment. Mais ce dimanche là, au musée de Grenoble, ce fut ma première rencontre avec les grandes œuvres noires du maître ruthénois. Cette œuvre noire si discernable.
Je l'ai abordée par la petite porte en entrant par le côté, parallèle au mur. Dès les premiers regards l'émotion est vive ; un coup inattendu. D'abord les détails, la découverte, l’œuvre dans ses traits minutieux de noir épais, dont le parallélisme approche cette perfection magnifique. Celle de l'artiste qui sait que l'essence de son travail ne réside pas dans la perfection de la forme elle-même mais dans son expression, sa vie donnée par la main créatrice. Par ces irrégularités il façonne le chef-d'œuvre. Le trait est précis, exact, puissant et doux à la fois ; la vigueur s'allie à la légèreté afin de donner vie à ces formes rectilignes qui se chevauchent, se cachent et se confondent.
Puis, je fais un petit écart de quelques degrés par rapport au mur. De là le noir sur noir se teinte, s'illumine. Ce noir qui par nature absorbe tout rayon lumineux nous laisse alors entrevoir quelques chromes étincelants. La peinture se révèle et se réveille par la matière. Devant ce spectacle j'expérimente jouant ainsi à me pencher, me grandir, m'accroupir espérant la découverte de nouvelles couleurs, de nouveaux reflets. Lorsque mes yeux croisent certaines lignes parallèles j'en trouve. Je ne sais pas combien il y en a, sûrement une infinité en somme.
Je m'écarte encore me retrouvant face à ces tableaux imposants. Un puis deux, puis trois, puis quatre. Trop près, je recule. J'y suis, à la bonne distance: l’œuvre m'englobe. Je la perçois enfin comme un tout, comme une entité qui emplit mon champ de vision. Quatre. C'est le nombre adéquat. Un de plus et notre vision est trop étroite, un de moins et elle n'est pas comblée. Quatre grands tableaux de 2m20 de hauteur trônent sur un mur entier, accolés, sans pouvoir le partager. Pour ressentir toute la profondeur de l’œuvre je comprends qu'il lui faut ce monopole de l'espace. Empêcher si ce n'est interdire les interférences avec d'autres œuvres. Il faut y rentrer jusqu'au coeur, se l'approprier pour faire sa connaissance. Les propres mots du peintre prennent alors tout leur sens : « Ce que l'on voit ce n'est pas la peinture elle-même, c'est le reflet de la lumière sur les états de surface de la couleur noire ». Là est la magie de Soulages : créer une œuvre à l'infinité non seulement d'interprétations mais aussi de visions, où chacun crée véritablement sa propre relation à l’œuvre elle- même. Cette peinture apparaît donc comme une œuvre purement existentialiste : elle est ce qu'on en fait. Refusant l'admiration passive, ces quatre grands tableaux invitent à l'interaction. Avec nous-même, avec l’œuvre, avec les autres.
Comme Yves Klein créa son bleu, on pourrait parler du « Noir Soulages ». Un noir brut, puissant et profond. Mais surtout un noir-matière épais, rayonnant et lumineux. Au delà du monochrome.
Il est dur de se détacher de cette œuvre-expérience. Je quitte finalement la pièce, je sors, le ciel est clair. 

samedi 8 décembre 2012

Un Dali en cache toujours un autre...

Il faut bien l’avouer. À force d’être reproduit, recopié, cité, diversifié, marketté, banalisé… Dali a fini par lasser les découvreurs d’art.  




Même ses lithographies signées mais démultipliées à l’infini ou presque ne rencontrent  que peu d’amateurs. Une consultation du site Artprice le démontre aisément. Dali serait –il dévalué ?  Le catalan aux moustaches-antennes, le chantre inoubliable de la gare de Perpignan et du chocolat Lanvin, le surréaliste modèle aurait-il perdu tout son charme ? N’en croyez rien et filez d’un trait au Centre Pompidou, à Beaubourg pour voir l’exposition Dali… Lorsqu’on a vu cette rétrospective, on ne peut plus dire : « Je n’aime pas Dali »… Car Dali, il n’y en a pas un mais cent, mais mille, fourmillant en permanence de cent-mille idées plus brillantes ou plus farfelues les unes que le autres, mais toutes créatrices de ce que l’art a de plus passionnant : la surprise, le choc, la fascination.