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Paris, France
Ce blog est celui de la conversation libre. Autour des arts, des livres, de la télévision ou de tout autre sujet de culture mais aussi - n'est-ce pas culturel ? - de la politique. C'est dire, simplement, que sur ce blog on parlera de tout. Je le nourrirai au rythme de mon inspiration, de mes rencontres, de mes visites, de mes lectures, de mes poussées d'admiration ou de colère aussi. Que chacun, ici, intervienne. Que l'on discute les uns avec les autres.. Voilà l'ambition de ce blog. Un mot encore sur le titre. "Mon oeil", c'est ce que je vois, mais c'est aussi, vieille expression, une façon de dire que l'on n'est pas dupe et que l'esprit critique reste le maître contre par exemple le "politiquement correct" et contre les idées reçues, de droite comme de gauche. ************************************************************************************* Pour les amateurs d'art, je signale cet autre blog, plus spécialisé sur l'art et les artistes, les expositions, les formes d'expression d'ici et d'ailleurs, d'hier et d'aujourd'hui: http://monoeilsurlart.blog4ever.com/blog/index-350977.html

samedi 3 mai 2014

Van Gogh, cette étoile filante.

L'avantage avec les livres de Karin Müller c'est qu'ils font ressusciter pour nous lecteurs les grandes figures disparues de la peinture : Henri Matisse,  Edward Hopper, Nicolas de Staël, aujourd'hui Vincent Van Gogh.  Cet auteur (non, pas «cette auteure» s'il vous plaît, j'en palis) recrée de saisissantes autobiographies fictionnelles et minutieuses. Très vivaces  surtout et très exactes. Karin Müller, petite souris, se glisse furtivement dans les récits, les correspondances, les biographies, les études, les articles de revues… pour en extirper le grain des éléments de vie qu'elle transpose avec savoir-faire à la première personne du singulier. « Je est un autre », certes, et « Madame Bovary, c'est moi »… «Je» ici n'est plus Karin Müller, c'est Matisse, Hopper, Staël, Van Gogh… Et c'est pour nous un bonheur de lecture chaque fois renouvelé.

 En parallèle avec la très passionnante exposition ouverte au Musée d'Orsay, ce printemps et jusqu'au 6 juillet 2014, "Van Gogh/ Artaud. Le suicidés de la société", qui permet de revoir ou de voir, à Paris, des tableaux sublimes du peintre hollandais, il faut lire ce nouveau livre de Karin Müller.  


Vincent Van Gogh, deuxième du nom - puisqu'il succède sous le même patronyme à son frère, son aîné d'un an, mort-né - et même quatrième car il porte le même prénom que son grand père et son oncle qu'il appelle « Oncle Cent ».  Le petit Vincent, exilé de onze à quinze ans dans des pensionnats, taciturne, renfermé, se sent mal aimé et se réfugie dans la lecture : « La case de l'oncle Tom », Heine, Schiller, Goethe, Andersen.., l'observation de la nature autour de lui, le dessin et la peinture qu'il apprend avec son professeur Constantin Huysmans. Mais rien de tout cela ne lui offre a priori de voie sérieuse pour l'avenir, de métier. 

C'est « Oncle cent » qui va lui permette de s'insérer dans la vie active. Comme lui, Vincent va d'abord devenir marchand de tableaux.  À La Haye, associé avec le grand marchand parisien Adolphe Goupil, cet oncle a créé une belle et florissante galerie. On y vend des toiles de Millet, Renoir, Pissarro, Manet… et aussi –innovation- des tubes de peinture qui y attirent la clientèle des artistes qui peignent sur le motif.

Durant quelques années, de 1869 à 1875, de 16 à 22 ans, Vincent junior devient donc marchand d'art. À La Haye, à Londres, il se satisfait de cette fonction dont il s'acquitte parfaitement. Il y noue des relations avec des peintres. Court musées et expositions. Muté à Paris, il se pose alors pourtant une question existentielle. Va t-il devoir vendre des tableaux toute sa vie ? Cette interrogation le taraude. Non, il n'a envie ni d'une belle maison, ni de fonder une famille. Perturbé, il se plonge dans la Bible, songe à devenir pasteur, se remet au dessin, devient acariâtre avec les clients.

Il décide alors de larguer les amarres et repart pour Londres où il se retrouve répétiteur, « maître d'école-assistant paroissial-aide prédicateur ». Il s'ennuie. Il va à Dordrecht, près de Rotterdam, où il devient commis-libraire grâce à l' « Oncle Cent ». Mais il passe le plus clair de son temps à traduire la Bible en trois langues outre le néerlandais, le français, l'anglais, l'allemand. Pris sur le fait il est renvoyé au grand dam de son oncle qui se fâche définitivement avec lui. Heureusement il a d'autres oncles qui le soutiennent dans cette mauvaise passe où il hésite toujours sur son avenir, -devenir pasteur ou quoi ?- et lui fournissent des contacts. Mais Vincent accumule toujours les échecs. Le voilà évangéliste – sans écho- à Bruxelles, mineur à Marcasse, infirmier d'occasion… Il est hâve et miséreux, colérique, se vêt de loques et dort dans une cabane. Mais il dessine de nouveau avec appétit…

Surgit un nouveau bienfaiteur, Théo, son frère cadet, qui muté à Paris en 1880 pour vendre des tableaux, renoue avec lui et lui promet un soutien financier régulier. À travers les péripéties familiales, les faillites amoureuses, les ennuis de toute sorte qui s'enchaînent, Théo –et son chèque mensuel- seront son pilier central. Sur le dessinateur aguerri qu'est devenu Vincent encouragé par Théo et le peintre Anton Mauve, l'empreinte de Millet se renforce. Le peintre surtout va se révéler avec l'apparition, dans son travail, de la couleur. Des teintes sombres, tristes, sinistres même, noires pour tout dire.  Pas encore ces couleurs de feu qui d'Anvers à Auvers vont peu à peu nourrir sa gloire éternelle.

C'est à Paris en 1886 qu'il va naître à lui même. Manet, Sisley, Cézanne , Pissarro.. le marquent. Il se lie avec Toulouse-Lautrec, John Russel, Émile Bernard, Signac, Anquetin… Et surtout Gauguin. En 1888, ce dernier revient en Bretagne. Van Gogh décide de partir pour le midi.

1888-1890. Ces deux années, ces deux dernières années de sa vie, seront pour Vincent son zénith et son Golgotha. Dès son arrivée  dans cette belle et antique ville d'Arles, Vincent se dévoue corps et biens à la peinture : une Arlésienne ;  sa chambre jaune ; des pêchers en fleurs ; un verger ; des arbres ; le café du coin ; des ruelles ; des barques ; des voisins … tout est prétexte à peinture.  Fin 1888, l'ami Gauguin –sous contrat avec Théo- débarque. Le bizarre et improbable «ménage» ne tient qu'un mois, le temps de se défaire. Une oreille coupée, Vincent se remplume à l'hôpital. Mais la population locale affolée et criarde veut qu'il s'en aille. Elle le considère comme un fou. Angoisses, hallucinations, égarements, il est du même avis et se fait admettre à l'hôpital psychiatrique de Saint-Rémy- de-Provence. Il lit. Tente aussi à plusieurs reprises de se suicider. Il peint surtout. C'est sa raison d'être. Rayon de lumière, en janvier 1890,  une première critique enthousiaste de Gabriel-Albert  Aurier parait dans « Le Mercure de France ». En février, Van Gogh vend sa  première toile « La vigne rouge » -400 francs- à Anna Boch, sœur du peintre Eugène Boch qu'il a portraituré (« Le Poète). Son succès d'estime au Salon des Indépendants en mars, et ces premiers signes de reconnaissance l'incitent à revenir vers Paris. En mai, il y est. Pour quelques jours seulement. Car il va tout de suite se fixer, tout à côté, à Auvers-sur-Oise. Et là, il peint. Fébrilement. Il peint son ami le docteur Gachet, sa maison, ses enfants, l'église du village, des champs de blé,  le 14 juillet… Mais les crises sont de retour. Le 29 juillet, il se tire une balle en pleine poitrine. Il a trente-sept ans. Au cours de sa vie hachurée et bariolée Van Gogh aura produit 1100 dessins. Et 900 peintures dont la plupart ces deux dernières années. Théo, syphilitique,  meurt six mois plus tard. Son fils, 1890-1978, sera le cinquième et ultime Vincent de la famille Van Gogh. Il faut lire dans le texte de Karin Van-Gogh-Müller le récit vibrant et habité, ci-dessus résumé,  de la trajectoire extravagante et sublime, forcément, de ce météore dans une nuit étoilée. 

Jacques Bouzerand

"Van Gogh… pour planer au-dessus de la vie" par Karin Müller. Suivi de "Vincent Van Gogh & Antonin Artaud" frères de souffrance. Préface de David Haziot Collection "je, biographe", éditions Michel de Maule, Paris 2014. 







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mardi 15 avril 2014

Ye Funa : Jusqu'au vertige...



ll y a d'abord comme un effet de déjà-vu. Vous voyez de quoi je parle ?  Je le précise par une autre question : « Qui n'a jamais ressenti, au moins une fois, le sentiment d'avoir déjà-vu un endroit jusqu'alors inconnu, déjà rencontré une personne que l'on ne connaît pourtant pas, ou encore déjà vécu un évènement totalement nouveau ? »  demande ainsi, interrogeant ce phénomène paranormal, Sarah Lainé dans « Doctissimo ». Là,  avec le travail de Ye Funa, c'est un document, un simple – dans l 'apparence - document photographique, qui est au centre de l'attention. Et qui déroute. Naturellement. Et qui vous  entraîne dans cette faille provoquée par le décalage entre ce qui est et ce qui a été ou ce qui a pu être.  Et, aussi entre ce qui est et ce qui est peut-être ou qui n'est pas...  Vertige.

Nous voilà donc enveloppés dans le questionnement existentiel, celui d'Hamlet et celui de Pascal. Vous voilà pris dans un jeu de fausses perspectives, de fausses réalités … Vous-même, vous êtes et en même temps vous n'êtes plus. Vous n'êtes plus ce que vous êtes. Vos repères ont pris la ligne de fuite. Repères d'espace, de temps, de reconnaissance des visages, des attitudes et des lieux. Tout s'est enfui. Comme par magie, comme par accident.  L'équilibre du cycliste le plus accompli est des plus précaire. Un caillou suffit pour le désarçonner. Et le piéton lui-même lorsqu'il réfléchit à la façon dont il marche et décompose le mouvement, s'embrouille les pinceaux et finit par tomber. Et même si « un coup de dé jamais n'abolit le hasard », ici un coup de biais suffit pour abolir le réel.
 
Dans l'exposition qu'elle nous présente à la Galerie Pièce Unique à Paris, (1), Ye Funa, née en 1986 à Kumming en Chine, qui vit et travaille à Pékin, a joué sur des comparaisons. Elle a imaginé une confrontation entre des images de familles anciennes ou les images reproduites dans les années 50, pendant le règne de Mao Tse Toung – comme on écrivait - par la revue « Nationalities Pictorial » et les photographies qu'elle a prises elle même. Celles  de membres de sa famille ou d'amis qui se sont vêtus et comportés comme les personnages des images stéréotypées et officielles fournies jadis par la propagande du Parti Central Chinois de l'époque.

Dans cette juxtaposition dialectique, dans ce combat entre deux visions de l'humanité et à travers eux, naît le discours nouveau et incisif d'une révision de l'histoire et d'un questionnement de l'art.

Jacques Bouzerand

1)  Galerie Pièce Unique, 4, rue Jacques Callot et 26, rue Mazarine, Paris 6è

jeudi 10 avril 2014

Didier Chamizo : Visite d'atelier


Une exposition à grand fracas n'est pas toujours nécessaire pour constater qu'un artiste avance dans son travail. Et qu'il avance à grands pas, dans sa voie certes, avec son tempérament, sa dynamique, ses obsessions –disons ses  références- mais aussi avec  une vigueur qui retrouve toujours une nouvelle fraîcheur.  



Didier Chamizo nous a toujours étonné en imaginant des personnages sortis à la fois de la réalité de notre légende quotidienne, de notre imaginaire « people », de nos feuilletons de la vie et de sa propre cuisine mentale et picturale.  Mais surtout, et c'est là sa force et sa singularité d'artiste, il a su fabriquer avec ce matériau qu'il choisit et qu'il interprète des icônes qui demeureront dans l'histoire de l'art, dans la muséographie, dans les collections de privilégiés,  comme les témoignages irremplaçables de notre société bizarroïde de la fin du XXème siècle et du début du XXIème siècle.
 
Le château de Versailles a eu la sereine idée d'installer, voilà quelques années dans ses murs, devant ses glaces miroirs et sous ses dorures séculaires, les personnages et les représentations peintes ou sculptées d'un Murakami ou d'un Jeff Koons. C'était à la fois extravagant et superbe. Moi, sans aller chercher au Japon ou aux Etats-Unis, les œuvres époustouflantes d'autres  maîtres de l'art international, chantés par les revues et encensés par le Marché de l'Art, j'y verrais bien, aussi, un jour, les créations de ce maître français qu'est Didier Chamizo. 

Car ce peintre – et sculpteur - est un portraitiste de haut vol qui dans une figure inscrit ce qui en fait une image mythique.  Lorsqu'aujourd'hui on évoque le roi Louis-Philippe, aussitôt surgit à l'esprit la célèbre portrait en forme de poire qu' Honoré Daumier en a décliné. Les caricatures de De Gaulle par Moisan dans « Le Canard enchaîné » ont marqué durablement les septennats du Général. Les figurines de Jacques Chirac, de Dominique Strauss-Kahn, de François Hollande pour les Guignols de l'info sur Canal +, etc… ont eu, ont encore des effets puissants sur la représentation de l'image de ces politiques dans l'esprit des publics, des citoyens. On assure même que le « Chirac à la pomme » ou le « Chirac aux couteaux plantés dans le dos » ont renversé l'image raide et impossible du candidat RPR  à la présidence de la République et même lui ont au total fait gagner l'élection…  Elles demeurent dans l'imaginaire collectif. Or il ne s'agissait pas pourtant  d'images conçues pour durer. Elles n'avaient, n'ont pour office que d'animer les sketchs de séquences télévisées. Lorsque l'image « caricaturale » s'enrichit par la qualité de sa composition, l'installation subtile de sa thématique, la justesse et l'esthétique des ingrédients… elle change de statut. Elle devient œuvre d'art. Il y a de l'universel dans la caricature lorsqu'elle est artistique
J'ai eu la chance, ces derniers jours, de voir quelques pièces du travail récent de ce travailleur infatigable. Didier Chamizo est toujours armé de son sens pointu du détail qui tue ou qui fait mouche. La perfection formelle  de ses réalisations est irréprochable. 

Son « Luis XIV » entouré de donzelles, ses « Demoiselles d'Avignon » inspirées librement par le Peintre des Peintres, son « Mickey –Wador », ou son « Karl »… Lagerfeld… sont irrésistibles d'humour, de punch, d'efficacité. 


Ces tableaux, ces sculptures portent inscrit sur leur surface leur part de critique sociale, de philosophie politique ou de philosophie tout court. Ce sont des œuvres d'art. Mais ça, on le savait !

Jacques Bouzerand



dimanche 23 mars 2014

Michel Chast : le sens de la peinture



 
On oublie trop souvent que l’art ne s’inscrit pas seulement dans l’histoire avec les quelques dizaines de génies qui bouleversent par moment le paysage et transfigurent la sensibilité de leurs contemporains.

À côtés de ces phares, disons, pour la littérature les La Fontaine, les Rimbaud, les Proust… ou, pour la peinture, les Vermeer, les Van Gogh, les Cézanne, les Yves Klein, les Twombly…  des centaines d’autres artistes tracent leur voie personnelle. Et c’est heureux. Parfois ces artistes  s’inspirent des maîtres dont ils ont étudié la méthode et les effets et dont ils ont compris la nouveauté. Mais, en pratiquant , sur le métier, sur la page blanche ou sur la toile, ils sont, par leur talent, leur intime conviction, conduits à se dégager des leçons apprises, des chemins tracés, des figures prédéfinies et à créer leur propre univers.
 
Michel Chast, est  un médecin qui exerce à Paris. Il a écrit plusieurs livres notamment sur les régimes diététiques ou « Les douleurs, les comprendre, les soulager ». Avec Yves Paccalet, écrivain, voyageur et philosophe naturaliste, il a publié un ouvrage à vision généraliste sur  la santé,  « Soigner l’homme, soigner la terre » (Jean-Claude Lattès éditeur).

On ne s’étonne pas que sa peinture, exposée à l'Espace de Archives Yves Klein à Paris,  soit celle d’une certaine  sérénité dans un monde brisé. Avec les coloris chauds qu’il maîtrise parfaitement en camaïeux ou en tensions contrôlées  il organise son espace comme un univers cohérent où le sens doit trouver sa place. C’est une peinture de raison, de sagesse, d’humanité.

L'épouse de Michèle Chast, Michèle, expose dans le même lieu de petites sculptures colorées, créées avec brio.



Du 19 mars au 9 avril Yves Klein Archives, 21 avenue du Maine, 75015, Paris, Tél : 01 42 84 33 74

mercredi 5 février 2014

Bambous, bijoux et casse-têtes chez Pierre Bergé

Bambous, casse-tête et bijoux ethniques chez Pierre Bergé;

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Un beau matin de 1976, fouinant dans une foire aux vieux papiers, un amateur tombe sur un tas de paperasses concernant le bagne de Nouméa, cédées avec cinq bambous d’environ 1 mètre, gravés de dessins géométriques ou naïfs. L’amateur se renseigne et apprend à sa grande surprise qu’il s’agit de cinq bambous cérémoniels Kanaks datant des années 1850. Sur ces tiges de bois séchées figurent des représentations de maisons  des hommes locales, des oiseaux, des poissons, des poules… et des éléments de la vie des Européens : croix, fusils, cavaliers et grands bateaux à voile… Ces bambous, de 4 à 7 cm de largeur, estimés de 1500 à 4000 € euros chacun, seront mis en vent le 12 février par Pierre Bergé et Associés à l’Hôtel Drouot.

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Au cours de cette vente seront proposés des bijoux ethniques et  des objets d’art primitif. Notamment la belle collection de bijoux ethniques marocains de la première moitié du XX ème siècle, rassemblée par l’historienne Gabrielle « Gaby » Bonan. 165 numéros composés souvent de nombreux objets ).

Suivront des massues ou des casse-têtes des îles Fidji, Mangaïa, Tonga…, de Nouvelle Calédonie, du Vanuatu ; des épées, haches, couteaux, casse-têtes  africains ; des masques du Népal et un masque Bambara du Mali. 

dimanche 2 février 2014

Marché de l'art : l'année du Cheval


Avec le mois de février, le monde de l’art reprend ses marques. Expositions des musées, galeries, ventes publiques… ont retrouvé des couleurs et cherchent avec l’élan de l’année chinoise du Cheval à attirer visiteurs, amateurs, acheteurs.

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À tout seigneur tout honneur ! À la plus ancienne revue d’art  française, « La Gazette Drouot », l’hebdomadaire des ventes aux enchères, créée en 1891,  et rajeunie d’année en année, offrons la préséance. Normal, la Gazette, chaque semaine, trace de grandes routes à travers les arts et les civilisations en mettant en relief les pièces les plus extraordinaires qui apparaissent sur le marché. Cette belle revue offre à chacun le spectacle éphémère d’objets, de tableaux, de tapisseries, de sculptures, de livres, de monnaies, etc.  qui, le temps de leur exposition au public, deviennent des objets de fantasmes pour les acquéreurs éventuels ou les amoureux des arts, avant d’entrer ou de retourner –jusqu’à quand ?- dans des collections privées ou dans des musées.

Vous « kiffez » les belles voitures ? Voilà présentées à propos d’une vente judiciaire du 14 février une « Ferrari » première main ; une « AstonMartin », des « Porsche » ;  des « Bentley »… Vous rêvez d’une torche créée par Philippe Starck pour les Jeux Olympiques d’Albertville (1994) (le 8 février, Coutau-Bégarie,  à Drouot) ; de vases de Gallé, Schneider, Delatte… (le 15 février, Anticthermal, à Nancy) ; de faïence XVIIIème (le 15 février, Espace de Bourbon à Pau) ; de beaux livres (le 14 février, Ivoire, à Aix en Provence ; les  20 et 21 février, Ivoire, à Lyon ) ; de tableaux et dessins anciens et du XIXème siècle (le 7 février Artcurial à Drouot) ; de bagages Chanel, Vuitton ( le 14 février chez Artcurial à Drouot) ; d’objets d’art asiatique (le 21 février, Le Fur, AuctionArt à Drouot) ; de peintures modernes et contemporaines (le l2 février, Blanchet et associés, à Drouot) ; de bijoux et montres (le 10 février, Cornette de Saint-Cyr à Drouot ; le 12 mars et le 31 mars, Tajan, espace Tajan) ; des effets personnels de Napoléon Premier (le 23 mars, Osennat, à Fontainebleau) etc. etc. Plongez dans la Gazette, vous saurez tout ce que vous voulez savoir.

Promenade à Saint-Germain des Près du côté des galeries, en fin de semaine dernière. Au fil d’un chemin chargé d’images et d’évocations d’hier et d’avant hier… voici les quelques perles qui m’ont séduit .
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D’abord, voici l’irremplaçable Ben, Benjamin Vautier, toujours aussi frétillant de la cervelle et du pinceau. Toujours aussi subtil, rigolo et profond avec ses questions intentionnées. Son interrogation, chez « Lara Vincy », 47 rue de Seine : « C’est quoi la culture ? ». Et Ben, ce Socrate bienveillant,  répond par une profusion de tableaux bien dans sa manière où un tracé de peinture pose le débat. Ou bien par de drôles d’ objets façonnés. Parfois il tranche. Il donne ainsi un savoureux conseil  sur le Marché de l’art. «  Un conseil de la mère Denis. Vendez vos Régent, Vendez vos La Galla, Vendez vos Jeff Koons, Vendez vos César, Vendez vos Mayaux, Vendez tout et Achetez du Ben et du Panighi ». Il est trop tard, hélas, pour voir l’exposition (clôturée le 1er février), mais il est toujours temps de passer à la « galerie Lara Vincy » pour acheter du Ben… Faire vite…
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Voici, chez « Gimpel et Müller », qui vient de s’enrichir d’un nouvel espace jouxtant la galerie initiale du 12 rue Guénégaud,  une belle exposition qui permet de découvrir ou de redécouvrir un grand graveur et sculpteur,  Henri-Georges Adam (1904-1967). C’est à lui que l’on doit parmi d’autres œuvres monumentales, l’immense  sculpture, « le Signal », érigée en 1961 sur le parvis du Musée des Beaux Arts André Malraux au Havre. Berthold Müller expose de superbes grandes gravures, figuratives , expressionnistes, pour les plus anciennes, non figuratives, pour les plus récentes, de plusieurs époques d’Adam. Comme l’écrivait mieux que quiconque, en 1957, Bernard Gheerbrant, Adam est resté « fidèle à la matière, le cuivre rouge, qu’il découpe la plupart du temps pour dégager la forme, et à l’outil, le burin. Les surfaces sont couvertes de longues tailles rigoureusement parallèles que viennent recouper d’autres tailles ».  Est proposée notamment , à côté d’une gravure réalisée, la fameuse et rare plaque de cuivre qui a été gravée et utilisée par l’imprimeur.
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Chez Georges-Philippe et Nathalie Vallois, 36 rue de Seine, voici, posé à même le sol, comme sur une petite route un grand arbre nu,  abattu. Ce tronc et ces grosses branches, que vous contemplez, dont vous explorez du regard la matière, bronze ? marbre ?... s’anime soudain comme s’il était habité. Une convulsion et un craquement. L’effet de surprise vous le rend suprêmement étrange, l’arbre.Celui-ci est pour Virginie Yassef qui l’a façonné comme un hommage - direct ou indirect - aux premières lignes de la pièce de théâtre intense, célébrissime et « culte » de Samuel Beckett, « En attendant Godot ».  Elle le présente sous le titre : « Au milieu du crétacé ».
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 Dans un autre espace de la galerie, sont exposés au mur les tableaux figuratifs (nous y reviendrons) d’un tout jeune peintre parisien, Pierre Seinturier, né en 1988, primé au Salon de Montrouge et montré dans l’exposition des  musées des tissus et arts décoratifs de Lyon dans le cadre des modules de la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent. Ses tableaux, d’un format moyen, ont une extraordinaire force d’évocation. Chacun des panneaux  de son imagerie personnelle décrit, mine de rien,  une scène qui peut être considérée en elle même. C’est si l’on veut un tableau de genre : un lac avec personnages, un ponton, un promeneur sur une route de forêt… très bien peint,  avec une touche élégante et moderne, efficace. Mais ce peut être aussi – et voilà le piquant- l’instantané d’une histoire, d’une énigme, d’un fait divers… dont on cherche à percer le mystère.
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Comme un fait exprès, juste en même temps, voici, à l’inverse de cette peinture qui incite à faire travailler son âme de Sherlock Holmes, non loin de là, 26 rue Mazarine, à la « galerie Pièce Unique Variations » les peintures d’un artiste américain, né à Boston en 1957, David Bowes. De  l’univers rigoureux et un peu anxiogène de Pierre Seinturier, nous voici projetés dans un tout autre monde. Celui du rêve de l’onirisme. Marussa Gravagnuolo et Christine Lahoud ont choisi à bon escient de montrer ce travail qui est un antidote aux  crispations de ce temps de crise, aux migraines des impôts, du chômage et des problématiques sociétales. « Retour de Naples » de David Bowes, comme s’intitule l’exposition, est un festival de couleurs, de fraîcheur, de bonne humeur.
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La couleur dominante y est le bleu. Un bleu qui va de l’azur le plus intense au bleu du ciel le plus pur. Et dans cette dominante, s’inscrivent le plus souvent des paysages paisibles de piémonts soudainement saisis par la débauche de bâtiments extravagants en forme de tours, d’envols de fleurs de plumes roses ou ocelées, de personnages issus de la Commedia dell’Arte… David Bowes nous invite à partager son Italie, son Pays des merveilles, avec ses Palais et ses Tours. On y danserait la capucine…

Jacques Bouzerand

vendredi 15 novembre 2013

D. de Villepin vend sa (superbe) bibliothèque (Complété)



Ce qu’il peut être énervant ce Dominique de Villepin !  Adulé, beau garçon, ministre, premier ministre, il écrit bien, il aime Zao Wouki (qui lui a dessiné son ex-libris), …  Vous rêvez d’une bibliothèque où il y aurait tous les livres que vous enviez. Il l’a… La barbe à la fin.  L’ancien premier ministre de Jacques Chirac, retiré de la politique pour mener une carrière renouvelée dans le Barreau, se paie le luxe inouï de se séparer de ses livres. Dans une pirouette à la Magritte, dans la préface du superbe double catalogue,  « Feux et flammes », qu’a consacré à cette dispersion la société de ventes Pierre Bergé et associés, DDV écrit : « Ceci n’est pas une collection ». Mais il ajoute aussitôt : « Il y a dans cette entreprise l’expression d’une recherche personnelle, d’un itinéraire fait de rencontres et de retrouvailles, d’interrogations et de doutes. »

Le beau texte qu’a rédigé l’ancien premier ministre aide à mieux comprendre sa décision de prendre le large loin de ses trésors de bibliophile : « Dans ces documents, je respire à pleins poumons le grand air de liberté et d’idéal qui a fait le souffle de la France pendant tant de siècles. Un souffle, je dois l’avouer, que je ne trouve plus guère en dehors des vestiges, des traces, des signes du passé. » (…) « Pourquoi cette vente ? Parce qu’il y a des moments dans la vie où on a besoin, plus qu’à d’autres, de sens et d’unité. » (…) « C’est aussi, peut-être, une façon de me convaincre, preuves à l’appui et sous l’égide des grands anciens, qu’il n’y a pas de fatalité à la médiocrité politique. »



Autographes, dédicaces, éditions originales… la bibliothèque de DDV contient ce qu’il y a de meilleur et de plus recherché.  Et de plus varié aussi. Deux ventes seront donc consacrées à cette mine d’or. La première, le jeudi 28 novembre, intitulée : « Les voleurs de feu ».

Chronologiquement, le premier ouvrage proposé est un livre de La Boétie : « Vive description de la Tyrannie & des Tyrans, avec les moyens de se garentir (sic) de leur joug » (1577) – estimé de 30 à 40 000 € - . Passons rapidement sur les Montesquieu, Voltaire, Chateaubriand, Lamartine, Lamennais, Nerval, Michelet, Hugo, Tolstoï (les épreuves corrigées de « La Famine » -60 à 80 000€-), Verlaine, Whitman, Zola – signalons  l’exemplaire de « L’Aurore » du « J’Accuse » –estimé de 6 à 8 000 € -,  Vallès, Péguy, Jaurès, Blois, Alain, Barrès, France…

Passons sur Céline, Apollinaire, Cendrars, Rolland, Péret, Vacher, Drieu, Gide, Artaud, Mauriac, Éluard, Saint-Exupéry, Senghor, Césaire, Aragon, Genet, Debord, Alleg,… etc .etc.  L’ensemble des éditions des « Manifestes surréalistes » d’André Breton ( 4 volumes en exemplaires parfaits) est estimée de 20 à 30 000 €. « Les aventures de Tintin, reporter du petit « vingtième » au pays des Soviets » en édition originale, Bruxelles, 1930, volume estimé de 20 à 30 000 €. L’édition originale de « La condition humaine », dédicacée par André Malraux à Céline est estimée de 30 à 40 000 €. « L’homme révolté » de Camus, dédicacé par Camus au Castor, à Sartre est estimée de 40 à 60 000 €.  « Les Mémoires de Guerre » de Charles de Gaulle, « L’Appel , 1940-42 » de 1954 est là. C’est l’exemplaire adressé par Charles de Gaulle à Roger Nimier. « À Roger Nimier dont j’apprécie fort le talent, avec le témoignage de mes meilleurs sentiments. C. de Gaulle, 20 octobre 1954 ». Ce à quoi Roger Nimier a ajouté son propre post-scriptum :  « Et dont je n’estime pas le suicide », rédigé sans doute vers 1960, en raison d la politique algérienne du général que l’écrivain s’apprêtait, au moment de sa mort en 1962, à caricaturer sous le titre « La grande Zorah ». 241 numéros composent  cette première des deux ventes d’exception qui se tiendront les jeudi 28  et vendredi 29 novembre à Drouot-Richelieu.



La seconde dispersion, celle du 29,  comporte 301 numéros. Elle est  intitulée : « Les porteurs de flammes ». Elle démarre avec Charles Quint, excusez du peu, pour un texte manuscrit du 30 mai 1535, signé à Barcelone et portant sur l’Organisation du royaume (est. de 6 à 8 000 €). Suit un Machiavel in 16, fort de 778 pages, qui contient « Les Discours de l’estat de paix et de guerre » … « Plus un livre du mesme aucteur intitulé le Prince », Paris 1571 (est. de 2 à 3 000 €).

Tout ce que la France politique et historique a compté de personnages marquants est très  souvent ici représenté par un autographe. Le simple énoncé des noms –et on en passe, bien sûr -  est un régal : Louis XIII, Richelieu, Mazarin, Louvois, Marie-Thérèse d’Autriche, La Fayette, Camille Desmoulins ( avec notamment le manuscrit des notes pour sa propre défense dans sa plaidoirie contre le rapport accusatoire de Saint-Just - est. 30 à 40 000 € -), Marat, Fouquier-Tinville… Arrêtons nous un instant sur l’exemplaire imprimé sur peau de vélin, en 1791, de la « Constitution française » qui appartenait à Armand-Gaston Camus, l’un des signataires de la Constitution (est. 30 à 40 000 €)…

Reprenons avec les autographes: Bonaparte puis Napoléon Ier, puis Louis-Napoléon Bonaparte, Pasquale Paoli, Cadoudal, Talleyrand, Fouché, Carnot, Ney, Fourier, Proudhon, Blanqui, Barbès, Thiers, Tocqueville, Bugeaud, Gambetta, Louise Michel, Herzl, Trotski, Maurras, Clemenceau… Avançons : Millerand, Krotopkine, Gandhi, Mussolini,  Göring, Pétain, Léon Daudet, Jean Zay…  , un manuscrit de Charles de Gaulle, une réflexion autour de Napoléon Ier, écrite à Trèves en 1928 (est. 10 à 15 000 €).  Plusieurs livres du Général avec des dédicaces sont aussi proposés, dans de bonnes et rares éditions.

Il faut noter que DDV collectionnait et cède aussi des photographies de personnages ou de moments historiques : Lénine, Trotski, Liebknecht sur son lit de mort, Clemenceau à la chasse au tigre en Inde, Hitler, Gandhi et Nehru, Churchill, Khrouchtchev, Krumah, Mao, Nasser, la fratrie Kennedy, Lee Harvey Oswald, Pompidou, Mitterrand, Che Guevarra, des affiches de Mai 68, Gorbatchev… Le catalogue se clôt sur des ouvrages qui ne se trouvent pas là par hasard : les deux volumes de la revue "Tiqqun", organe du Parti imaginaire, 1999-2001,  très lue à Tarnac et « The end of history and the last man » de Francis Fukuyama, en édition originale.


Jacques Bouzerand