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Paris, France
Ce blog est celui de la conversation libre. Autour des arts, des livres, de la télévision ou de tout autre sujet de culture mais aussi - n'est-ce pas culturel ? - de la politique. C'est dire, simplement, que sur ce blog on parlera de tout. Je le nourrirai au rythme de mon inspiration, de mes rencontres, de mes visites, de mes lectures, de mes poussées d'admiration ou de colère aussi. Que chacun, ici, intervienne. Que l'on discute les uns avec les autres.. Voilà l'ambition de ce blog. Un mot encore sur le titre. "Mon oeil", c'est ce que je vois, mais c'est aussi, vieille expression, une façon de dire que l'on n'est pas dupe et que l'esprit critique reste le maître contre par exemple le "politiquement correct" et contre les idées reçues, de droite comme de gauche. ************************************************************************************* Pour les amateurs d'art, je signale cet autre blog, plus spécialisé sur l'art et les artistes, les expositions, les formes d'expression d'ici et d'ailleurs, d'hier et d'aujourd'hui: http://monoeilsurlart.blog4ever.com/blog/index-350977.html

samedi 28 septembre 2013

"Street and Pop" à la Galerie Moretti & Moretti


La Galerie Moretti et Moretti frappe un retentissant coup de gong en cette rentrée d’octobre. Sur les 750 mètres carrés de son fabuleux espace qui jouxte, au Nord, la place des Vosges et où gisent enfouis sous le sol les vestiges du château des Tournelles d’Henri II et Catherine de Médicis, les frères Moretti exposent quatorze artistes d’une modernité totale, aussi divers et contrastés que l’esprit du temps. On peut, s’il le faut, les ranger sous la bannière accueillante et explicite du « Street art » ou du « Pop art ». Ils ont tous un rapport étroit avec la rue, la ville, le monde grouillant de la globalisation et de la multi-culture. Du coup, le rapprochement n’est pas fortuit avec les immenses créateurs du « Street art » que furent Basquiat, Haring… au siècle dernier. Ou bien avec ceux du « Pop art », les Warhol, Lichtenstein, Raysse, Monory, Erro, Adami… marqueurs de civilisation. Mais la multiplicité de leurs talents, de leurs écritures et de leurs expériences, le chatoiement et le panorama universel qu’offrent au regard leurs œuvres invitent à chercher une formule plus directe. La galerie nous propose tout  simplement :  « Street and Pop ».

Mais comment présenter ces irréductibles ? Peut-on, doit-on les classer ? Sûrement pas. L’ordre alphabétique serait trop scolaire; la chronologie, fastidieuse. Quant à classer des artistes… Je ne m’y résous pas et je les ferai donc défiler dans l’ordre suggéré par la première liste que j’ai reçue au mois de juillet. C’est moi qui me défile et renvoie la question à Jean-Pierre Moretti…

Gérard Zlotykamien est le doyen et le totem des « Street artists », des « Street painters » à proprement parler.  Les jeunes générations sont pleines de respect pour son nom qui est celui d’un précurseur absolu. Né en 1940, « Zloty » peint en effet dans les rues depuis 1955. Il a pratiqué le judo et après sa rencontre avec Yves Klein, s’est forgé une méthode dans la concentration mentale. Dès 1963, les murs, les parois deviennent son cadre prioritaire d’activité. Il invente alors, en 1970, son signe distinctif,  sa marque qui l’installe définitivement, un petit personnage mystérieux et furtif, tracé à la bombe de peinture. S’agit-il d’un rescapé d’Hiroshima ou d’un évadé des camps de la mort des dictatures idéologiques..? Le bonhomme étrange et chargé de sens va envahir les murs des villes. Du trou des Halles, à la Concorde, à Ulm, à Bruxelles, à Bari, à Berlin, à Pretoria… (dans les galeries aussi qui ont reconnu la démarche artistique) cette icône et toutes ses variations, ces « Éphémères » comme  les nomme l’artiste, s’imposent internationalement. Comme ils s’inscrivent dans l’histoire de l’art. Ils se tracent un extraordinaire chemin de gloire et assurent à son auteur le prestige inaliénable des pionniers et une célébrité par delà les frontières.


Jérôme Mesnager a lui aussi inventé un personnage qui frappe le regard. Et s’incruste dans les mémoires. Mais ce personnage est le plus souvent de belle taille. C’est un grand « corps blanc », installé en quelques coups de pinceaux très maîtrisés, sur des murs et des palissades. Il a des fesses et des épaules, et des jambes et des bras, et une tête. On le reconnaît entre mille. D’ailleurs, les grands voyageurs l’ont rencontré partout dans le monde. Depuis 1983, de Ménilmontant à la Muraille de Chine, des Catacombes à la rue Visconti, de l’île de Ré à Marrakech, à Moscou, à New York … partout, cet « Homme en blanc » court, se livre à des combats, réfléchit, grimpe aux murs, s’échappe et vit : libre. Son alter ego, son père, né en 1961, est lui aussi un homme de liberté.

Jef Aérosol travaille avec un des procédés graphiques les plus anciens de l’humanité : le pochoir. Une technique qu’il a mise au service d’un très grand savoir-faire et d’images extrêmement figuratives et stylisées. À 25 ans, en 1982, il entaille son premier pochoir qu’il applique sur un mur dans une rue à Tours. Ses personnages fétiches, Gandhi, Presley, Musil, Lennon, Dylan, Hendrix…, mais aussi des anonymes, le plus souvent symboliques, des enfants, des mendiants, des musiciens… qui font grâce à la mobilité et au talent du créateur la conquête de la planète. Il n’est guère de pays dans le vaste monde où ne figure, accompagné toujours d’une grosse flèche rouge, un de ses héros mythiques. Son exploit : une fresque de 350 m2, réalisée à Beaubourg en 2011, place Stravinski, en face de la fontaine de Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely. Son titre : « Chuuuttt !!! »

Dominique Larrivaz, dit Larry, n’est pas du genre à se laisser intimider. Ni par les immenses surfaces qu’il embrasse, ni par les sujets les plus crus et les plus vastes qu’il se fixe. Il n’a pas vingt ans, en 1981, quand il envoie ses grandes peintures de filles – on peut dire de putes – sur leurs à-plats de papier Kraft, occuper... le Bois de Boulogne. C’est que Larry se situe davantage dans la lignée de Baudelaire et de Carco que dans celle de Madame de Lafayette. Monstres humains –trop humains – corps brisés par le travail ou la luxure, les visions de la chair ont toujours une profondeur poétique. Pour l’artiste il n’y a pas de cassure, pas de rupture entre le bordel et le salon, le corps et l’esprit, la vie et le cosmos. Dans sa poursuite, aujourd’hui, du cœlacanthe, ancêtre de 350 millions d’années des vertébrés et de l’homme même, Larry demeure à la recherche des origines et des tréfonds de l’humaine nature. Qu’elle soit sombre ou rayonnante. Sous son pinceau tout fait sens : une simple bite peut se faire phallus céleste.
Paella, on l’a connu d’abord, dès 1985, sous le nom étrange de « Paella Chimicos » par l’intercession de ces centaines de mini-affichettes placardées dans les rue de Saint-Germain des Près et autres lieux. Son petit bonhomme dont la tête ressemblait à une trompe d ‘éléphant repliée en spirale sur elle même et composé lui-même comme en caoutchouc emplissait ou non le cadre du papier. On lisait ses commentaires rigolos ou politiques Puis, Michel Palacios, un des résidents des Frigos du bord de Seine, s’est nommé Paella et Paella ?. Son petit personnage a grandi, son support aussi et Paella – avec ou non le point d’interrogation – a fait son chemin d’affichiste connu. Des galeries l’ont accueilli. L’humour sur les espaces qu’il se donne s’y partage la place avec la contestation et la revendication d’un monde plus juste, plus fraternel.

Thom Thom, a inventé la profondeur éloquente de la surface plane. Je m’explique. Dans ces vastes champs du possible (oh, Jacques Villeglé !) que constituent, sur les murs des cités, les à-plats des affiches publicitaires encollées et superposées, il creuse. Sous la peau - obligatoirement codifiée
« jolie » par les gourous du marketing – il révèle des sillons, des lucarnes, des lignes, des moments de couleurs, des vibrations enfouies comme des filons dans une mine d’or. Ces affiches, il les travaille aussi. Il les casse, les broie, les découpe, les reprend, les remodèle à sa guise, faisant alors surgir des images nouvelles et le plus souvent contestataires. En décrypteur de la «Société du spectacle» de Debord, de Vaneigem, de Fluxus aussi et de quelques autres, il invite à voir et à réfléchir.

Konny Steding est une égérie-née. Du Mur de Berlin à la Rockefeller University, puis à Cologne, à Berlin, à Paris, New-York, à Londres, à Toronto…, Konny Steding, née à Stuttgart, ponctue ses séjours de performances et d’affichages remarqués. Le centre de son investigation a longtemps été la notion du déchet, de la pollution, de la destruction… Dans les couloirs des métros, les galeries, sur les trottoirs, cette « activiste urbaine » a fait de la poubelle le symbole honni et adulé de la consommation. Les interventions de Konny Steding ont aussi, le plus souvent désormais, des aspects plus intrinsèquement « artistiques » et surtout moins fugaces ou conceptuels. À grands traits sur de vastes surfaces, Konny Steding peint des portraits de vedettes de la culture punk, dont le plus mythique Sid Vicious (1957-1979), le chanteur des Sex Pistols… Ces portraits - et aussi, sans doute, le sien - qu’elle réalise le plus souvent sur de grandes toiles ou des affiches avant de les coller sur les murs des capitales s’affirment comme un fabuleux capital de visions contemporaines, avec leurs coulures, leurs graffitis surajoutés, leurs larmes, ce sang de peinture…

Philippe Bonan est un photographe. Tout d’abord un photographe et des meilleurs. Formé à l’école exigeante d’André Villers. Il a débuté en allant au contact des plus grands artistes pour fixer leur portrait dans leur propre décor d’atelier. Le lieu intime et révélateur. Après Messagier, il a photographié les plus célèbres : Hartung, Zao Wouki, Olivier Debré, César, Keith Haring, Lichtenstein, Combas, Viallat… Tous les plus emblématiques et les plus puissants. Puis il s’est passionné pour les jeunes artistes fraîchement débarqués du Street Art : Kriki, Mesnager, Zlotikamien, Jeff Aérosol, L’Atlas… chez lesquels il a su lire un avenir brillant. Puis, dans cette ambiance de créativité, il s’est lui même adonné à ce grand vice impuni, la peinture. Sur ses images, il a imaginé, sortant de sa propre pulsion privée, les accompa-gnements qui restituaient au mieux de sa sensibilité, son état d’esprit face à des phares-paysages. De cette intervention naît une œuvre chaleureuse et unique.

Zokatos Uhu est un artiste né de la peinture de rue et un activiste de la génération FaceBook. Fan de Miro et de Klee, il a ajouté à son « blase » de graffeur, Zoka, un « tos » pour « faire portugais » (car il est portugais)  et pour signifier Une Histoire Urbaine, ce UHU final qui envoie vers des mystères linguistiques extravagants. Au demeurant, ce peintre de moins de trente ans est un artiste qui sait retrouver dans son œuvre intense les voies d’un « labor improbus » (un travail acharné) qui a toujours été la clé de la création. À la pointe Bic, au stylo feutre, à l’aérosol, à toutes les innovations graphiques, il a donné pour mission d’aller sur les routes d’une peinture abstraite renouvelée. Là où s’étaient arrêtés les « grands », les classiques, d’hier ou avant-hier, Zokatos reprend le fil d’une histoire de l’art interrompue pour inventer des formes et des impressions inouïes, si l’on peut dire, ou plutôt in-vues. Un défricheur serein.

Simon Wildsmith a plié à sa volonté d’artiste les instruments les plus contemporains de la cybernétique. La photographie numérique, la palette graphique et leurs miracles lui donnent la liberté de création la plus illimitée. Faisant de son ordinateur son bras et sa main, il va jusque dans l’infiniment petit de Pascal (reflet de l’infiniment grand) chercher les éléments d’une œuvre exubérante de formes et de couleurs où le cerveau commande. L’argent, la consommation, la guerre, les religions, les fêtes, les joies du corps… lui suggèrent des œuvres à mille sens qu’enrichit le bonheur de l’intelligence. Dans l’explosion de ses images, Simon Wildsmith décrit l’univers de la mondialisation et de la globalisation, subtilement ou à grand fracas. Dans sa recherche d’images emplies de signification, il a pris -travail inédit- des vues des sols de la foire « Art Basel » marqués par des traces dues au hasard ou au travail d’artisans ou d’artistes installant leur exposition. Sur ces vestiges ténus mais pleins de mémoire, il a formulé sa propre intervention. Créant un univers innovant de ce qu’on pourrait, à son corps défendant, appeler le « ground art ».

Freddish est à la fois peintre et sculpteur. Son œuvre double le conduit naturellement vers deux horizons distincts. Dans une volubilité à la fois joyeuse et sarcastique il compose, avec son pinceau et ses reprises de personnages, des scènes hyper-colorées de mondes complexes où se croisent, s’entassent, se répondent les figures de notre Panthéon fantasmatique, de Mickey à Batman, de Cendrillon à Al Capone… Dans un autre exercice, le sculpteur inspiré et recrée à partir d’éléments métalliques, massifs ou légers, plaques, boulons… assemblés, revivifiés des « monstres » habités qui expriment leur vitalité dans le déchaînement des formes. À y bien regarder, en réalité, ce travail qui à l’origine pourrait apparaître schizophrénique trouve son unité et son sens dans une impressionnante créativité personnelle. Il est d’une force qui attire et envoûte.

Shadee.K a pour lui le privilège de la jeunesse. Issu de la banlieue parisienne, il y a, comme tout naturellement, fait ses classes sur les murs qu’il taguait et graffait à l’envi. Comme une provocation sympathique, un défi coloré, un sourire pour parois lépreuses. Son univers était déjà celui d’un rêve enfantin sur lequel planait, toujours présent, un Nounours coiffé en pétard, tout gentil, tout doux. La mascotte des débuts est toujours là sur les affiches que depuis deux ans Shadee.K colle désormais sur les murs de la capitale. Il travaille aux Frigos, dessine, peint, coud, pratique le body painting… Démultipliant ainsi les supports et l’expression d’une imagination sans bornes.

Last but not least, voici, le «special guest» comme on dit aux USA, Mr Brainwash. Vidéo-cinéaste et « street-pop artiste » basé à Los Angeles, de son vrai nom Thierry Guetta, c’est un phénomène. Et son parcours éblouit. D’abord, de Los Angeles à Paris, il filme  pendant 10 ans ses amis du Street Art, parmi lesquels son cousin, Space Invader, Shepard Fairey et le célébrissime et secret Banksy. Son obsession : faire le «best», l’ «ultimate» documentaire sur le Street Art. Mais, chemin filmant, Mr Brainwash, se met lui aussi à couvrir les murs de ses propres créations graphiques. C’est une révélation : en 2007, Banksy lui fait comprendre qu’il est plus doué pour le dessin que pour la prise de vues… Dès l’année suivante, sa carrière de « street pop artiste » explose. (Retournant même la caméra, Banksy le filme en 2010. Et utilisant aussi des images tournées par Mr Brainwash, il réalise ‘’ Exit Through The Gift Shop’’ remarquable et « successful » documentaire sur l’art de ce temps). 
La première exposition personnelle de Mr Brainwash à Los Angeles en 2008, «Life is Beautiful», 250 pièces, fait 30 000 entrées. Buzz aidant, 7 000 visiteurs impatients font la queue pour le vernissage. Prévue pour 2 semaines, elle dure 3 mois. Les ventes flambent. En 2009, Mr Brainwash est si connu que Madonna le contacte pour la couverture de son album culte : «Celebration».
Le 14 février 2010, s’ouvre son premier show à New York. Sur 1 400 m2, dans le cœur du Meatpacking District, il montre ses peintures et sérigraphies des icones de la société médiatique : Lennon, Charlie Chaplin, Madonna, Einstein, Kate Moss... qu’il traite à sa manière, reconnaissable entre toutes. Des sculptures immenses remplissent aussi le lieu. L’exposition est tellement appréciée et courue qu’elle est prolongée à deux reprises jusqu’en septembre. A la fin de l’année, Mr Brainwash s’impose à tous les fervents de l’ «Art Basel Miami», grand’messe du marché de l’art contemporain, en investissant un espace de 2 500 m2. Avec un succès toujours aussi magique, il renouvelle l’opération en 2011, au « Toronto International Film festival » et, «bis repetita placent»,  au « Art Basel Miami ».  Pour sa deuxième exposition à L.A. il loue en plein centre ville un immeuble de 4 étages de 7 500 m2 promis à la destruction. Offrant, d’ailleurs, tout un un étage à des artistes du monde entier. 
À Londres, en 2012, Mr Brainwash, réussit son plus gros coup pendant les Jeux Olympiques en s’installant dans un immeuble entier à côté du British Museum. Résultat : une moyenne de 1 500 visiteurs par jour sur 4 mois... A quand un grand solo show à Paris ? En attendant, le voici chez Moretti &Moretti dans l’exposition groupée de rentrée 2013. Il ne vient pas seul. Avec lui, son fils Hijack, 20 ans, dont les débuts voilà quelques mois à Londres, dans la très cotée «Mead Carney Gallery» de Mayfair a enflammé le milieu de l’art.
Jacques Bouzerand
Paris, septembre 2013

lundi 10 juin 2013

Le nouveaux vitraux de la Cathédrale de Cahors






Quand il a été question, en France, de réaliser de nouveaux  vitraux, après la guerre  de 1939-45 ou après des siècles de délabrement, pour rafraîchir les grands monuments historiques que sont les églises et les cathédrales, les pouvoirs publics se sont efforcés au fil des ans de confier l’œuvre à des noms dont on était certain que l’histoire de l’art les porterait et les honorerait.  Ainsi des vitraux prestigieux ont  été imaginés par les plus grands  artistes vivants : Chagall à Reims et à Sarrebourg, Soulages à Conque, Garouste à Talant, Viallat à Aigues-Mortes,  Bazaine à Saint-Séverin, Manessier à Abbeville, Matisse à Vence, Cocteau à Metz…

À Cahors, pour la Cathédrale Saint-Étienne, bâtie à partir du  XI ème siècle sur l’emplacement d’une église du VI ème siècle, il s’agissait de remplacer des verrières transparentes, ou plutôt translucides, installées au XIX ème siècle. L’opération de sélection a été menée  par la  « Direction régionale (Toulouse, Midi-Pyrénées) des affaires culturelles », la Drac, qui dans son appel d’offre de 2010 soulignait « le caractère exceptionnel du bâtiment ». Une trentaine d’artistes, dit-on, ont concouru devant le jury composé – comment?, de qui ? - par la Drac, pour imaginer les onze verrières à rénover, soit 90 m2 de vitraux. Le choix d’un artiste s’est porté sur Gérard Collin-Thiébaut.,  un artiste de Franche Comté qui a travaillé, selon les dossiers,  « à partir d’emprunts iconographiques, des images de tableaux, de fresques ou encore de photographies qu’il a ensuite juxtaposées ou superposées ». Les nouveaux vitraux ont été inaugurés le samedi 8 juin par les autorités civiles et religieuses et sont visibles depuis par le public et les fidèles.

Je les ai vus et j’ai été tellement déçu par le spectacle désolant de facilité, de vulgarité même, que je ne puis écrire que mon désarroi. Dans le chœur de la Cathédrale les vitraux anciens sont, Dieu merci, toujours aussi magnifiques avec leurs rouges rutilants, leur bleus, leurs jaunes… , avec leur discours facile à interpréter sur les significations et les mystères de la foi. Et, à côté de ce chef-d’œuvre, que nous ont, sur près de cent mètres carrés, imposé l’artiste désigné et ses commanditaires ? Une suite d’images incohérentes, de tonalités lavasse, aux coloris affadies, découpées et recomposées comme à l’école primaire – section travail manuel-  selon une histoire que nul ne peut saisir car ces fragments recomposés mêlent des portraits ou des personnages d’époques et de styles différents, recopiées de modèles venus d’on ne sait quel livre en offset. Imaginez un découpage de photos disparates sorties des pages artistiques de quelques Paris-Match d’antan et défraîchis. 

C’est fade, oui, mais en plus c’est moche. Où est la ligne directrice ? le concept ( artiste conceptuel ? bigre) ? le beau ? On pouvait s’attendre à ce désastre. Car ici, la « création » qu’on espère d’un véritable artiste s’est bornée comme expliqué ci –dessus, à la juxtaposition de morceaux de photocopies d’autres propositions  d’autres artistes d’un passé plus ou moins lointain. La confrontation avec les lignes fermes de la Cathédrale, le sublime des vitraux venus du passé n’en est que plus dramatique. Les coloris des nouveaux vitraux  n’ont pour effet que de diminuer la luminosité du lieu sacré.


Sans vouloir être offensant, je ne suis pas certain pas que la notoriété de Gérard Collin-Thiébaut soit du calibre de celle des artistes qui précèdent. Certes, je sais que GCT a réalisé les vitraux du transept Nord de la  Cathédrale Saint-Gatien de Tours  et je crains qu’il n’emporte le concours lancé pour la Cathédrale de Lyon comme a dit le souhaiter Mgr Barbarin… Je sais qu’il a produit le Mémorial national de la Guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie au Quai Branly…, qui ne frappe pas les mémoires ; je sais qu’il a conçu, selon Wikipedia, des décorations pérennes pour le Musée international de la parfumerie, à Grasse ; pour le Mémorial de la Loi de 1901 sur la Liberté d’association à Plainoiseau ; une Tapisserie à la mémoire de Pasteur", pour la Préfecture de Lons-le-Saunier ; "Des Baigneuses pas très académiques" place de Bretagne, à Rennes, ; "Les signes du temps" pour la Médiathèque de Quimperlé ;  et d’autres  choses  pour la Bibliothèque Droit et Lettres de l’Université de Pau….

Ce Gérard Collin-Thiébaut, si bien achalandé de fournisseurs attitrés de commandes publiques ressemble plus à un artiste officiel qu’au génial créateur qu’on aurait souhaité pour un lieu tellement chargé d’histoire et de mémoire.

Le parti-pris général, j’imagine, a été de faire confiance à un artiste qui ne fonce pas dans l’aventure, qui n’aille pas vers l’abstrait. (Quelle horreur l’abstraction pour nos élites des administration !… )Avec ses images bien figuratives de Catéchismes, il pouvait séduire les religieux et même les profanes pressés… Et c’est ce qui est advenu. Le parti-pris de l’audace avait été écarté : aucun artiste de grand renom n’a  -apparemment- concouru et  on n’est pas allé en chercher. Geneviève Asse, par exemple, à qui  Beaubourg ouvre ses portes, aurait été magnifique dans un tel exercice.  Quant aux  «nouveaux » venus – depuis 20 ou 30 ans quand même ! -  sur les cimaises des galeries ou des musées (et pourquoi pas Murakami ?, Mathieu Mercier, Pascal Convert, Pierre et Gilles…) ils ne sont pas entrés en lice et n’ont pas été conviés,  semble t-il.  Quelle occasion manquée !

Patatras, badaboum, ploum, ploum… Nous voilà donc hélas chargés collectivement, nous et notre postérité, par une œuvre datée, déjà vieille, et qui devrait rester en place plusieurs siècles.  J’en suis navré. Et je ne suis pas sur que nos petits-enfants nous disent merci.

Jacques Bouzerand

Le beau bar de Mazarin





C’était un bar dans une maison un campagne du Val de Loire en France. Un simple bar un peu chic dans lequel on rangeait les bouteilles de l’apéritif et du digestif (il en subsiste des marques dans le fond du coffre). Et puis un beau jour, à l’occasion d’une succession, ce bar est remarqué par les Commissaires-priseurs chargés de le vendre, Philippe et Aymeric Rouillac.  C’est un coffre japonais de l’ère Edo (entre 1630 et 1640), de 1,44 m sur 63 cm, en laque or, argent et nacre sur fond noir. Plus techniquement : « décor au du dit du Genji et du dit des Frères Soga. Incrustations de nacre, hiramaki-e et takamaki-e d'or, d'argent. Incrustation d'or, d'argent et alliage shibuichi ».  
L’expert, bien avisé, fait des recherches et découvre qu’il s’agit en réalité d’un des quatre coffres ayant appartenu à Mazarin. Celui-ci a été acheté en 1658 par le Cardinal, premier ministre et parrain de Louis XIV. Ce meuble était resté dans la famille Mazarin jusqu'en 1802. Passé ensuite en Angleterre, après la Révolution française, il est exposé dans de grandes collections en Angleterre. On perd sa trace en 1941. Les Français en font l’acquisition outre-Manche dans les années 70. L’estimation est fixée 200 000 €… Le coffre a été vendu dimanche juin pour 7,311 millions d'euros, frais compris, lors de la 25e vente organisée par Mes Rouillac au château de Cheverny. C’est le Rijksmuseum d'Amsterdam qui se l’est vu adjuger.

dimanche 9 juin 2013

Les nouveaux vitraux de la Cathédrale de Cahors...







Quand il a été question, en France, de réaliser de nouveaux  vitraux, après la guerre  de 1939-45 ou après des siècles de délabrement, pour rafraîchir les grands monuments historiques que sont les églises et les cathédrales, les pouvoirs publics se sont efforcés au fil des ans de confier l’œuvre à des noms dont on était certain que l’histoire de l’art les porterait et les honorerait.  Ainsi des vitraux prestigieux ont  été imaginés par les plus grands  artistes vivants : Chagall à Reims et à Sarrebourg, Soulages à Conque, Garouste à Talant, Viallat à Aigues-Mortes,  Bazaine à Saint-Séverin, Manessier à Abbeville, Matisse à Vence, Cocteau à Metz…

À Cahors, pour la Cathédrale Saint-Étienne, bâtie à partir du  XI ème siècle sur l’emplacement d’une église du VI ème siècle, il s’agissait de remplacer des verrières transparentes, ou plutôt translucides, installées au XIX ème siècle. L’opération de sélection a été menée  par la  « Direction régionale (Toulouse, Midi-Pyrénées) des affaires culturelles », la Drac, qui dans son appel d’offre de 2010 soulignait « le caractère exceptionnel du bâtiment ». Une trentaine d’artistes, dit-on, ont concouru devant le jury composé – comment?, de qui ? - par la Drac, pour imaginer les onze verrières à rénover, soit 90 m2 de vitraux. Le choix d’un artiste s’est porté sur Gérard Collin-Thiébaut.,  un artiste de Franche Comté qui a travaillé, selon les dossiers,  « à partir d’emprunts iconographiques, des images de tableaux, de fresques ou encore de photographies qu’il a ensuite juxtaposées ou superposées ». Les nouveaux vitraux ont été inaugurés le samedi 8 juin par les autorités civiles et religieuses et sont visibles depuis par le public et les fidèles.

Je les ai vus et j’ai été tellement déçu par le spectacle désolant de facilité, de vulgarité même, que je ne puis écrire que mon désarroi. Dans le chœur de la Cathédrale les vitraux anciens sont, Dieu merci, toujours aussi magnifiques avec leurs rouges rutilants, leur bleus, leurs jaunes… , avec leur discours facile à interpréter sur les significations et les mystères de la foi. Et, à côté de ce chef-d’œuvre, que nous ont, sur près de cent mètres carrés, imposé l’artiste désigné et ses commanditaires ? Une suite d’images incohérentes, de tonalités lavasse, aux coloris affadies, découpées et recomposées comme à l’école primaire – section travail manuel-  selon une histoire que nul ne peut saisir car ces fragments recomposés mêlent des portraits ou des personnages d’époques et de styles différents, recopiées de modèles venus d’on ne sait quel livre en offset. Imaginez un découpage de photos disparates sorties des pages artistiques de quelques Paris-Match d’antan et défraîchis. 

C’est fade, oui, mais en plus c’est moche. Où est la ligne directrice ? le concept ( artiste conceptuel ? bigre) ? le beau ? On pouvait s’attendre à ce désastre. Car ici, la « création » qu’on espère d’un véritable artiste s’est bornée comme expliqué ci –dessus, à la juxtaposition de morceaux de photocopies d’autres propositions  d’autres artistes d’un passé plus ou moins lointain. La confrontation avec les lignes fermes de la Cathédrale, le sublime des vitraux venus du passé n’en est que plus dramatique. Les coloris des nouveaux vitraux  n’ont pour effet que de diminuer la luminosité du lieu sacré.


Sans vouloir être offensant, je ne suis pas certain pas que la notoriété de Gérard Collin-Thiébaut soit du calibre de celle des artistes qui précèdent. Certes, je sais que GCT a réalisé les vitraux du transept Nord de la  Cathédrale Saint-Gatien de Tours  et je crains qu’il n’emporte le concours lancé pour la Cathédrale de Lyon comme a dit le souhaiter Mgr Barbarin… Je sais qu’il a produit le Mémorial national de la Guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie au Quai Branly…, qui ne frappe pas les mémoires ; je sais qu’il a conçu, selon Wikipedia, des décorations pérennes pour le Musée international de la parfumerie, à Grasse ; pour le Mémorial de la Loi de 1901 sur la Liberté d’association à Plainoiseau ; une Tapisserie à la mémoire de Pasteur", pour la Préfecture de Lons-le-Saunier ; "Des Baigneuses pas très académiques" place de Bretagne, à Rennes, ; "Les signes du temps" pour la Médiathèque de Quimperlé ;  et d’autres  choses  pour la Bibliothèque Droit et Lettres de l’Université de Pau….

Ce Gérard Collin-Thiébaut, si bien achalandé de fournisseurs attitrés de commandes publiques ressemble plus à un artiste officiel qu’au génial créateur qu’on aurait souhaité pour un lieu tellement chargé d’histoire et de mémoire.

Le parti-pris général, j’imagine, a été de faire confiance à un artiste qui ne fonce pas dans l’aventure, qui n’aille pas vers l’abstrait. (Quelle horreur l’abstraction pour nos élites des administration !… )Avec ses images bien figuratives de Catéchismes, il pouvait séduire les religieux et même les profanes pressés… Et c’est ce qui est advenu. Le parti-pris de l’audace avait été écarté : aucun artiste de grand renom n’a  -apparemment- concouru et  on n’est pas allé en chercher. Geneviève Asse, par exemple, à qui  Beaubourg ouvre ses portes, aurait été magnifique dans un tel exercice.  Quant aux  «nouveaux » venus – depuis 20 ou 30 ans quand même ! -  sur les cimaises des galeries ou des musées (et pourquoi pas Murakami ?, Mathieu Mercier, Pascal Convert, Pierre et Gilles…) ils ne sont pas entrés en lice et n’ont pas été conviés,  semble t-il.  Quelle occasion manquée !

Patatras, badaboum, ploum, ploum… Nous voilà donc hélas chargés collectivement, nous et notre postérité, par une œuvre datée, déjà vieille, et qui devrait rester en place plusieurs siècles.  J’en suis navré. Et je ne suis pas sur que nos petits-enfants nous disent merci.

Jacques Bouzerand