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Paris, France
Ce blog est celui de la conversation libre. Autour des arts, des livres, de la télévision ou de tout autre sujet de culture mais aussi - n'est-ce pas culturel ? - de la politique. C'est dire, simplement, que sur ce blog on parlera de tout. Je le nourrirai au rythme de mon inspiration, de mes rencontres, de mes visites, de mes lectures, de mes poussées d'admiration ou de colère aussi. Que chacun, ici, intervienne. Que l'on discute les uns avec les autres.. Voilà l'ambition de ce blog. Un mot encore sur le titre. "Mon oeil", c'est ce que je vois, mais c'est aussi, vieille expression, une façon de dire que l'on n'est pas dupe et que l'esprit critique reste le maître contre par exemple le "politiquement correct" et contre les idées reçues, de droite comme de gauche. ************************************************************************************* Pour les amateurs d'art, je signale cet autre blog, plus spécialisé sur l'art et les artistes, les expositions, les formes d'expression d'ici et d'ailleurs, d'hier et d'aujourd'hui: http://monoeilsurlart.blog4ever.com/blog/index-350977.html

vendredi 8 juin 2012

«" Les artistes ont toujours aimé l’argent » de Judith Benhamou-Huet( Grasset )


        Judith Benhamou-Huet qui est un/e des meilleur/e/s connaisseur/se/s de l’Art et du marché de l’art a voulu montrer que l’argent est, parmi d’autres, une des clés majeures de la compréhension de l’art. La journaliste des Échos, du Point..., choquée que l’on réduise certains artistes d’aujourd’hui à des coureurs de fonds et à des  gardiens de coffres-forts, a simplement relu la vie et l’œuvre de quelques uns des plus grands et des plus célèbres du passé et, horresco referens, elle a trouvé même parmi les meilleurs beaucoup de grippe-sous. Sous sa loupe d’investigatrice passent successivement Dürer, Cranach, Le Greco, Titien, Rubens, Rembrandt, Canaletto, Chardin, Gustave Courbet, Claude Monet, Vincent Van Gogh, Picasso, Magritte… Le gratin quoi !!!… Ce parterre de stars est mis en scène dans  un festival inattendu..

            Et tellement savoureux que s’il le fallait, je n’adresserais à  Judith Benhamou-Huet qu’un seul reproche sur son livre « Les artistes ont toujours aimé l’argent » ( Grasset ). Celui de ne pas avoir poursuivi sa tâche littéraire pour nous livrer encore et encore des secrets sur d’autres artistes que ceux qu’elle a parfaitement  choisis. J’aurais bien lu avec plaisir encore des pages sur  Matisse ou sur Picabia, sur César qui lui-même parlait volontiers de son amour des lingots et des louis d’or ou sur Arman…. Ou bien sur d’autres qui, eux, cachent leur appât du gain afin que nul ne soupçonne cette addiction… Peut-être aurait-ce été pénétrer trop profond dans un domaine qui touche à la vie privée et cela aurait  concerné des artistes trop près de nous dans le temps.

            En tout cas je récuse fondamentalement la critique qui  a été faite ici ou là à Judith Benhamou-Huet d’oser parler de l’argent des artistes. Bien sûr que ce sujet interpelle, intéresse et importe. Marc Fumaroli, académicien, professeur au Collège de France, a voulu, lors d’une récente émission de télévision, persuader l’auditoire ( on devrait dire le téléspectatoire... ) de Frédéric Taddéi que pour évoquer les artistes, pour les juger, on ne devait  considérer que leurs œuvres… Encore que celles-là dussent en outre avoir été produites avant le XXème siècle… Car après, visiblement, M. Fumaroli n’a aucune considération pour les artistes plus modernes, ni pour l’art contemporain où il ne décèle que procédés mercantiles. Je crois surtout qu’il n’y voit goutte et n’y comprend rien.  M. Fumaroli, n’a d’œil et d’oreille que pour le passéisme. Grand bien lui fasse, mais qu’il ne nous gâche ni nos plaisirs ni nos rencontres. S’il y croit, à cette fable, il perd beaucoup du charme du spectacle de la vie. L’art d’aujourd’hui  est vivant, multiple, créatif, parfois profond… Il est comme l’art de tous les temps et de tous les lieux, (  pour parodier la formule de Malraux ) « aussi un commerce » ( un commerce à tous les sens du terme d’ailleurs )…           


             Mais revenons à nos moutons. Et aux exemples rabelaisiens de Judith Benhamou-Huet. Prenons Albrecht Dürer, ( 1471 – 1528 ), le graveur de « Melancholia », l’austère qui n’a pas l’air de se marrer. Il a su, lui, mettre à son profit l’estampe. ( houhou Warhol !!! ) «  Comme presque tout le monde a les moyens de s’en acheter une, les images imprimées trouvent un marché comme le livre … »  écrit à ce sujet  Erwin Panofsky. Et Dürer enfonce le clou : « Si je m’étais depuis toujours consacré à la gravure, je serais aujourd’hui plus riche d’un millier de guilders »  ( À sa mort il est riche de700 florins, l’équivalent de 18 kilos d’or ).  Autre exemple: Rembrandt (1606 – 1669 ) C'est un  collectionneur – et spéculateur - passionné. En 1631, dans une salle de vente, il achète pour 424,5 florins un Rubens ( Hero et Léandre ). Sept ans plus tard, il le revend 530…  Pas mal misé « le « Golden boy » de l’âge d’or hollandais » !!! Je ne vais pas reprendre ici les démonstrations de Judith Benhamou-Huet, il faut en lire le détail. On n’y perd pas son temps.

            Je m’arrêterai quand-même sur le cas de Vincent Van Gogh…  Celui que la légende des Siècles statufie comme « le peintre génial qui n’a vendu qu’un seul tableau de son vivant » … et qui a peint des œuvres dont aujourd’hui on tire des millions… Van Gogh et l’argent ! Van Gogh et l’argent ? Non mais elle charrie Judith ! Eh bien pas du tout.  Voilà ce qui sera pour beaucoup un scoop:  en réalité, «  Van Gogh n’était pas méconnu et il est loin d’avoir vendu un seul tableau »  écrit Walter Feichenfeldt ( Bâle, Kunst Museum, 2009 ). Théo, son frère marchand de tableaux, « portait les œuvres en si haute estime qu’il excluait catégoriquement toute vente réalisée à des prix sous-évalués, dans le seul but de vendre. » poursuit l’expert. Et Wouter Van der Veen, dans son « Van Gogh » aux éditions du Chêne ( 2009 ) de préciser : « Sa peinture était le fruit d’un travail long, méticuleux, acharné et référencé. (…) Il pouvait se le permettre parce qu’il n’avait pas de problèmes financiers » (Wouter Van der Veen met d’ailleurs les points sur les « i » : selon lui,Van Gogh percevait 200 francs par mois, parfois plus, outre les toiles et les couleurs que Théo lui envoyait. Dans le même temps, le facteur arlésien Roulin nourrissait toute sa famille avec son salaire de 135 francs ). Adieu le mythe de la vache enragée…  Embrayons enfin sur une image de Picasso comptant et recomptant ses liasses de billets qu’il sortait périodiquement d’une malle Hermès rouge cadenassée… ( Oncle Picassou??? )

            Si elle détaille moins les rapports des artistes contemporains avec l’argent, Judith Benhamou-Huet offre pourtant des éclairages sur ce qui se passe aujourd’hui. Ainsi, Christian Boltanski assure : «  En fait, gagner de l’argent est une chose très facile si on le désire : si tu mets toute ton énergie à gagner de l’argent, tu en gagnes. Et je suis suffisamment malin pour gagner de l’argent. Par contre, être un grand artiste est une chose extrêmement difficile. (…) Et comme je suis quelqu’un d’ambitieux, c’est ce que j’ai voulu atteindre ». Et Jeff Koons – 23 millions de dollars pour son « Balloon Flower » : «  Il y a très certainement une excitation d’ordre sexuel pour un artiste issu de la veine Pop à voir ses œuvres d’art atteindre des prix exceptionnels ». On retrouve aussi Damien Hirst, Vim Delvoye et quelques autres, qui font briller des dollars dans les yeux des marchands... Pourquoi donc cette course au magot serait-elle abominable pour les artistes plasticiens alors qu’elle est un signe de réussite dans tous les autres milieux. Le classement « Forbes »  des milliardaires en dollars ou la liste « Challenge »  de nos réussites nationales exprime le succès des magnats de l’industrie, de la mode, du spectacle... An so what ? Si l’Oréal plafonne dans le monde et Bernard Arnault et, et…  n’est-ce pas grâce à l’excellence de leurs choix, de leurs produits, de leur stratégie… L’art est aussi jugé sur l’excellence de sa production. Sauf que pour reprendre une formule qu’affectionne Pierre Cornette de Saint-Cyr : « Ce n’est pas l’argent qui donne sa valeur à l’art, c’est l’art qui donne sa valeur à l’argent ». 

Jacques Bouzerand

mercredi 30 mai 2012

Un bidet pour la Couronne de France.


Il  ne faut pas s'y tromper, cet objet créé en 1720-1730 est une pièce rarissime. Il s'agit d'un meuble destiné à la toilette intime d'une altesse royale française. Cette porcelaine de Chine, selon la description de l'expert Vincent L'Hérrou, est "décorée d'émaux polychromes et or de motifs de fleurs de lotus soutenant des vases avec fruits, encadrant les armes de France surmontées de la couronne royale et encadrées du collier de l'ordre du Saint-Esprit. En bordure, les initiales du roi (un L ). 


Cette relique extraordinaire sera mise en vente le 11 juin à Drouot-Richelieu par la Société de Ventes Aguttes. Elle est estimée entre 15 000 et 20 000 € . Elle porte le numéro 92 parmi un ensemble de près de deux cents lots dont, au numéro 220, un buste d'Edme Bouchardon ( 1698-1762 ) figurant Charles-Frédéric de La Tour du Pin.


Ce marbre qui, depuis 1736,  est resté dans la famille et sa descendance jusqu'au propriétaire actuel, est estimé de 3 500 000 à 4 000 000 €…


lundi 28 mai 2012

Jacques Charrier s'expose



Tout le monde reconnaît l’acteur de cinéma Jacques Charrier, Le beau et sympathique « Bob » des « Tricheurs » de Marcel Carné, est devenu en un seul film une vedette nationale, une idole que son mariage avec Brigitte Bardot consacre l’année suivante. Le voilà star avec une carrière conséquente. On sait moins, en général, que Jacques Charrier a d’abord été un excellent acteur de théâtre, l’un des deux rôles principaux avec Pascale Audret du « Journal d’Anne Frank », en 1958, au Théâtre Montparnasse. Plus rares encore sont ceux qui le connaissent en tant que peintre.


 Pourtant, c’est dans cette voie que le jeune Jacques s’engage en entrant à 17 ans à l’École des Beaux Arts de Strasbourg. Et jamais, au fond, il n’abandonne son amour de la peinture et du dessin. Sa passion le retrouve lorsqu’il délaisse les plateaux, dans les années 80, au point de lui faire reprendre le chemin des Beaux Arts. Une nouvelle et fertile carrière s’ouvre alors devant lui : celle d’artiste peintre. 


Jacques Charrier choisit ses thèmes et les approfondit pour produire - comme l’a fait Andy Warhol, mais aussi Monet, Picasso…- des séries chatoyantes où les formes et les couleurs donnent du sens à ses images. L’un de ses premiers sujets de réflexion et de création est le « Code Hammurabi », cette stèle assyrienne des droits et des devoirs, gravée voilà plus de 4000 ans dont il s’inspire pour peindre 282 tableaux… Avec des feuilles d’or, des encres, des pigments, il interprète les signes cunéiformes et leur imagine un environnement propre à les intégrer dans notre espace mental. Le message universaliste est clair. L’homme demeure inchangé à travers les siècles. Il est le même à travers les cultures et les civilisations. Ces tableaux sont exposés au siège de l’Unesco, à Paris, en 1996.


 C’est ensuite le « Kâmâ-Sûtra » qui devient sa source. Ce texte est un traité - religieux - des règles de l'Amour écrit en sanscrit par Vatsyayana aux environs du Vème siècle de notre ère. C’est un manuel pratique des techniques érotiques ouvrant aux sensations les plus vives et à l'extase physique. « Tout en s'inscrivant dans le flux de la vie et en débouchant sur la connaissance suprême » précise Jacques Charrier. L’artiste s’explique : « En ce début de troisième millénaire, le monde est devenu un monstrueux hypermarché dont nous sommes à la fois les marchandises et les clients. Aujourd'hui, le sexe n'est trop souvent qu'un échange entre deux égoïsmes. Dans cette relation parfois brutale, dépourvue des délicieux préliminaires qui conduisent au plaisir, j'ai voulu faire entendre une voix, ma voix, celle d'un artiste amoureux de l'Inde éternelle. En illustrant librement le Kâmâ-Sûtra, j'évoque ce Paradis perdu où le sexe était attentif, délicat, généreux, sérieux comme la passion et aérien comme le plaisir. »


Jacques Charrier s’inspire ensuite de thématiques que lui offrent les civilisations de tous les continents et les beautés brutes de la Nature : masques africains, statues chinoises, insectes, fleurs, tuniques, chevaux… et même l’éléphant. "Cet animal, dit-il, est une créature étrange et intelligente, dont l'esprit de cohésion est très proche du nôtre. C'est peut-être pour cela que ce géant a toujours fasciné l'homme, suscitant sa sympathie autant que son respect." Son exposition "Mémoire d'Eléphant" est présentée à l'Espace Cardin en 2008.


 Les œuvres de Jacques Charrier rejoignent au fil de quelque vingt expositions publiques de nombreuses collections. Celles de la Fondation Birch à New York, de la Fondation Prabakhar, du Metropolitan Museum à New York, du Baron Edmond de Rothschild, de Chantal Bolloré, de Marie-Josée Nat, de Mme de Gaspéris, de Françoise Gallimard, de Jean-Claude Brialy, de Léo Ferré, des Flammarion, , de Philippe Benoit, de Mme Chalais, de Lucie Faure... pour ne citer que quelques unes des destinations des tableaux.


 Pour sa plus récente exposition, en mai 2012, aux Archives Yves Klein, avenue du Maine à Paris 14 ème, Jacques Charrier a résolument opté pour l’abstraction. Ses toiles et ses dessins sont chacun des sonates ou des symphonies picturales qui invitent à une méditation très contemporaine. Ces œuvres peintes alternent dans l’exposition avec les photographies de l’épouse japonaise de Jacques Charrier, Makiko. Une artiste dont l’œuvre tout en subtilité et en délicatesse donne elle aussi à rêver. Jacques Bouzerand

vendredi 4 mai 2012

PARLEZ-VOUS LE BAYROU ???

Parlez-vous le Bayrou ??? Je n'ai jamais compris le Bayrou. C'est un idiome singulier bien plus inexplicable que le Basque que l'on dit, avec le Hongrois, directement issu de l'Indo-Européen.. Si le Hongrois et le Basque ont naturellement évolué au cours des Âges et depuis les Hommes des cavernes, le Bayrou, en tant qu'idiotisme est demeuré inchangé. Il est vrai que s'il a été quelquefois parlé par une petite ethnie bien spécifique, il n'est plus aujourd'hui exprime que par un seul... On pourrait qualifier cet ensemble syntaxique de langue fossile. Mais aussi de langue chargée. Le locuteur unique aurait eu pourtant l’occasion de s’impliquer dans d’autres modes d’expression : il a eu des contacts très anciens avec le Lanza del Vasto ( qui s’efforçait d’être un langage universel bien qu’un peu illuminé); il a été frotté d’UDF, une langue mâtinant le Canuet ( du Normand basique d’où sont exclus le « oui » ; le « non », ( sauf à De Gaulle), et pour le reste toujours assortis de l’apocope « Ptèbènque »…, et le Giscard d’Estaing, ( un syncrétisme de Enarque, de X et d’Auvergnat assez mou et prononcé en voix de crécelle où le « oui » s’assortit du Mais…). Il a été au plus près du Méhaignerie ( langue bêlante assez inimitable ) et même du Poher qui incluait des envolées lyriques et des brins de folie... Auprès du Pflimlin, roulant dans sa bouche 7 petites prunes, il s’était délivré du mode originel, saccadé et répétitif de syllabes ( mais jamais au point de faire des discours à la Démosthène ) Plus tard, dans le sillage du Balladur, il aurait pu s’inscrire dans la voie de la voix de gorge et dans le Juppé s’imbiber de Pète Sec… Point donc. Nenni. Le Bayrou demeure une langue molle. Et c’est donc la langue qui dit tout et le contraire de tout. Une langue dans laquelle le subjonctif votif, de vœux, précède l’indicatif et où le présent dément le prétérit. Ainsi, concernant la dernière logorrhée prononcée en Bayrou est-il dit : « J’ai dit ce que je pensais du programme économique de Hollande. Je ne partage pas ce programme : je pense que ce programme est inadapté à la situation du pays et encore plus à la crise qui vient, que j’ai annoncée, je crois certaine. » Le Bayrou donc pense blanc, dit blanc et fait noir. Traduction en effet : « Le programme économique de Hollande est nul, c’est pourquoi je le choisis » Autre formule de même farine: « Je ne suis pas et ne deviendrai pas un homme de gauche » Mais je vote de gauche avec Hollande. D’expérience de linguiste, on ne trouve nulle part ailleurs de langage aussi décousu, incohérent, foutraque. Le Bayrou devrait être classé « Trésor linguistique de l’Humanité « par l’Université des Savoirs dire n’importe quoi de Vladivostok-sur Béarn.

jeudi 5 avril 2012

Romain Gary, es-tu là ???

« Parle leur maintenant » ( Romain Gary ) par Muriel de Rengervé. Éditions Jacob-Duvernet.


Sur leur site, les Éditions Jacob-Duvernet publient l’information qui suit. Je cite. Plutôt, je m’autorise à citer, car cette publicité ( stricto sensu : le fait de rendre public ) pour un texte destiné à appâter les lecteurs ne peut – être jugé ni comme un « plagiat » sur ce blog, ni comme une mauvaise manière faite à l’éditeur ou à l’auteur pour remplir ici commodément et sans fatigue de la surface avec un texte sorti d’une autre plume ou d’un autre Mac. Voici donc les « prières d’insérer » du livre:

« INÉDIT : Un manuscrit de Romain de Romain Gary découvert dans les archives de l’avocat suisse de l’écrivain en juillet 2011 est publié par les Éditions Jacob-Duvernet le 2 avril. Ce texte écrit à la première personne revient avec de nombreux détails sur la supercherie de l’écrivain qui s’était créé sous le pseudonyme d’Émile Ajar, un double dans l’écriture, obtenant ainsi, pour la première fois dans l’histoire de la littérature, sous ses deux identités, deux prix Goncourt. »

« Muriel de Rengervé, normalienne, agrégée d’histoire, présente un manuscrit inédit de Romain Gary terminé le 2 décembre 1980, le jour de sa mort. Retrouvé dans les archives de l’avocat genevois de l’écrivain, Maître Junod, plus de trente ans après (juillet 2011), ce texte, publié sans aucune modification – “On ne corrige pas du Gary” – se situe à mi chemin entre la confession et le journal intime, le roman et le livre de mémoires. Plus qu’une oeuvre littéraire, ce manuscrit constitue un document historique de premier ordre puisque Romain Gary y expose les raisons qui l’ont amené à créer Émile Ajar, son double dans l’écriture. Fait unique dans l’histoire de la littérature, l’écrivain-diplomate avait reçu deux prix Goncourt. L’un sous le nom de Romain Gary pour Les Racines du ciel en 1956 et l’autre, dix-neuf ans plus tard, pour La Vie devant soi sous le pseudonyme d’Émile Ajar. »

« Dans la préface de cet ouvrage que Muriel de Rengervé a intitulé « Parle-leur maintenant » et qui sort le 2 avril en librairie, elle explique: “C’est un homme blessé que j’ai découvert, profondément mélancolique, marqué par le spleen des âmes slaves, découvrant finalement que, du mensonge qui devait lui sauver la vie, il lui devint impossible de sortir autrement que par une pirouette tragique. On est loin du hiérarque de la République des lettres, diplomate, gaulliste, plus ou moins réac… Un homme attachant, terriblement proche de nous, émouvant.”

« La ficelle peut paraître un peu grosse tant “le coup du manuscrit trouvé constitue une astuce bien éventée”, prévient l’historienne. Pourtant outre la lettre explicite de la secrétaire Martine Carré, citée dans la préface – “(…) Je me suis engagée à conserver le secret, Monsieur Romain Gary voulant empêcher que la véritable identité de l’auteur soit connue” –, les dates sont précises (de 1974 à 1980) et ne souffrent aucune approximation. Les lieux – le quartier latin, le Lot, la rue du Bac, les maisons d’édition en contrat avec l’auteur – et les personnes citées – le gotha germanopratin de l’époque, Claude Gallimard, Paul Pavlowitch, Jean Seberg, etc. – existent bel et bien. Les sceptiques, critiques ou exégètes, qui crieront au scandale devraient en être pour leurs frais. À moins que Muriel de Rengervé, convertie à la Poétique garyenne, ne tende au lecteur un ultime piège dont la littérature a le secret et que l’auteur des Enchanteurs savait maîtriser mieux que quiconque. Qui sait ? » Fin de longue citation.


Dès que j’ai reçu l’ouvrage, je l’ai ouvert et me suis jeté dedans. L’auteur de la préface avait même eu l’amabilité de me l’adresser avec cette dédicace : « À un journaliste qui eut le mérite de « découvrir » Ajar ». Même si cette petite phrase ne m’avait illico mis en appétit de savoir sous quelle sauce ma modeste intervention autour d’Ajar avait pu être nappée, - « Pseudo » ne m’avait pas gâté ! - j’aurais fait de même. Gary est un tel personnage de la littérature française qu’on est toujours avide d’en avoir des nouvelles.

Les nouvelles en l’occurrence datent un peu. Mais avec Gary tout est toujours nouveau ! Même quand il n’est plus là. J’ai lu avec l’avidité requise les 256 pages de l’ouvrage. Il est très bien écrit, et très renseigné. Aussi, je laisse à chacun le plaisir de découvrir le parcours de Romain Gary depuis janvier1974 jusqu’au tragique « Jour J » du 2 décembre 1980. Cette traversée mêlée fut celle du triomphe d’un deuxième Goncourt, de douleurs et d’accomplissements, de disparitions et de questionnements, de textes magnifiques ( « Les Cerfs-volants » - un chef-d’œuvre à mon avis - ) et de semi-échecs, d’un refus viscéral du vieillissement et de décisions réfléchies. La plus radicale fut celle qu’il prit de se donner la mort avec son Smith & Wesson. Mission accomplie. Périple terminé. Station terminus. « Je me suis bien amusé. Au revoir et merci » Quelle dignité !

Je ne suis pas assez naïf – hélas ? - pour faire foi à la belle fable des papiers retrouvés… D’ailleurs l’éditeur prévient : « Mais que le lecteur prenne garde de ne pas tomber dans l’un de ces pièges dont la littérature a le secret. Ces carnets inédits ne seraient-ils pas eux aussi, le fruit d’une supercherie, née de l’esprit romanesque d’un autre Ajar ? » Seul témoin avec Paul Pawlovitch, de l’épisode restitué à compter de la page 101, j’en connais les détours les plus extravagants et les détails les plus ténus. Je sais aussi à qui j’ai raconté par le menu cette aventure. Elle fut pour moi géniale – imaginez le vertige pour un jeune journaliste missionné par un grand hebdomadaire comme « Le Point » lorsque seul et premier parmi tous les autres Sherlock et Rouletabille de la presse française -, je pointais « l’écrivain public numéro 1 ». Du travail d’enquête, certes, mais aussi une chance phénoménale. La photo d’Émile Ajar – Paul Pawlovitch, diffusée par « France-Soir » avait été prise à la Guadeloupe lors d’un séjour chez mon plus fidèle et plus ancien ami qui avait fait ses études à Toulouse, comme Ajar dans son récit pour « Le Monde » à Yvonne Baby. Je déjeunais dans sa famille un dimanche. Je lui montrais l’image pour savoir s’il reconnaissait le visage d’un étudiant toulousain des années 60, croisé au Restau U, au « Capoul », au « Tortoni », au « La Fayette »… Étudiant à Paris, j’étais moins familier de ces institutions de la Ville Rose. Une demi-seconde à peine pour entendre mon ami : « Mais c’est Alex ! », le nom que nous donnions à Paul quand nous étions plus jeunes. Bingo ! Ce fut aussi pour moi le début d’une période compliquée. Entre mon devoir professionnel, le loyalisme que je devais à mon journal et l’impression que je pouvais avoir d’être entré par effraction dans le territoire privé d’un ami – certes guidé par des indices déposés par lui – je dois dire que j’ai longtemps éprouvé des tensions cruelles. Bref, du temps a passé sur ces blessure et les réflexions auxquelles elles conduisent sur les grandeurs et les misères du journalisme…

Sur l’identité du « Nouvel Ajar » de « Parle leur maintenant », je ne me mettrai pas en embuscade. Je me suis pourtant constitué quelques points de repère. Du coup j’ai ma petite idée. Je n’en dirai pas plus. Et je délègue, en toute modestie et un zeste d’humour, à un « nouveau Bouzerand » le soin – aidé par les hasards - de débusquer ce « Nouvel Ajar »…


Jacques Bouzerand

jeudi 29 mars 2012

La saga Rosenberg d'Anne Sinclair

Anne Sinclair : « 21, rue La Boétie » aux éditions Grasset.



Depuis son annonce, j’attendais ce livre d’Anne Sinclair sur la rive Rosenberg de sa famille, sur cette lignée qui a joué un rôle si décisif dans la naissance et la diffusion de l’art moderne en France et à l’étranger - d’abord aux États-Unis – dès le début du XXème siècle. L’arrière-grand-père, Alexandre ; le grand-père, Paul, né en 1881; le grand-oncle, Léonce, l’aîné de deux ans… Des galeries à Paris, à New-York. Renoir, Picasso, Matisse, Braque, Léger… Un univers fabuleux.

Cette dynastie de marchands d’art peut être comparée à une autre, bien connue elle aussi, celle des Fabius, avec l’aïeul Élie, qui ouvre en 1882, dans la boutique de modistes de ses parents, son magasin d’antiquités rue de Provence. Ses fils en reprenant l’affaire vont lui donner une ampleur internationale. Une différence pourtant, les Fabius ont prospéré dans les antiquités et toutes leurs noblesses. Les Rosenberg ont ouvert l’œil sur l’art de leur temps... Avec tous les risques et périls de l’exercice.


Alexandre, marchand de grains à Paris, est le premier des Rosenberg à se muter d’abord, en 1882, en antiquaire au 38, avenue de l’Opéra. Mais très vite, il devient amoureux de l’impressionnisme et des peintres modernes. Sa première acquisition – pour 87,50 francs- est un Sisley, peintre alors bien inconnu. Puis il découvre et achète Manet, Monet, Renoir, Cézanne, Courbet, Van Gogh… au grand dam de son épouse affolée de le voir accumuler des toiles qu’il revend avec peine, laissant dans ces « lubies » une bonne part de leurs économies. N’empêche, il inocule le virus à ses fils et notamment à Paul. Il le conduit ainsi un jour devant un tableau qu’il voulait acquérir chez un marchand, rue Le Peletier. Devant cette peinture le gamin de dix ans pousse des cris d’orfraie tant il la trouve moche. Paul se rappelle : « Imaginez un tableau très épais fait de couleurs violentes, représentant une pauvre chambre ( … ) Le plancher me semblait courbe et les meubles me donnaient l’impression de danser ( … ). Cette toile était un Van Gogh, c’est celle qui est à l’Art Institute de Chicago, musée auquel par ironie du sort, je l’ai vendue moi-même environ 30 années plus tard. » écrit Paul dans un début d’autobiographie interrompue après dix pages…


En démarrant ainsi chronologiquement, je ne rends pas fidèlement compte de « 21, rue La Boétie » d’Anne Sinclair. La journaliste n’a pas emprunté les voies balisés d’un Pierre Assouline contant les cheminements de Durand-Ruel ou de Kahnweiler… ou d’une Annie Cohen-Solal déroulant son « Léo Castelli » depuis le XVIIème siècle. Elle a choisi un itinéraire bien plus intériorisé et personnel. Le genre de son livre est complexe. Biographie d’un grand marchand d’art parisien ? Oui, mais biographie inversée, tissée d’événements d’un passé bien plus récent et souvent douloureux. Mais pas seulement… Plongée dans l’histoire de la France de l’Occupation ? Certes et éclairante. Autobiographie ? Confessions ? Mémoires ? Enquête intercontinentale sur des secrets de famille ? De tout cela un peu, et à la fois. C’est ce qui donne à ce volume un charme si puissant.

Le fil d’Ariane que tire Anne Sinclair est celui de son identité familiale. Voilà que pour établir de nouveaux papiers d’identité à cette journaliste, l’une des plus célèbres de France, « Marianne » en buste de plâtre dans de très nombreuses mairies, issue de deux parents nés à Paris, l’administration française exige, outre les documents habituels fournis par la journaliste, le pedigree de ses quatre grands-parents. Ces grands-parents venus d’Outre-Rhin ou d’Alsace et établis à Paris bien avant les années 1880…

Surgit alors le flot des images insupportables et des évènements terrifiants de la guerre de 1939-45, du Vichysme, de la Collaboration. Et leurs traces toujours coruscantes. Ce gentil voisin de la maison de week-end à Fleury-en-Bière, qui n’était autre que Jean Leguay, un des organisateurs des rafles de 1942, « blanchi » en 1949 par la Haute cour de justice, mais inculpé en 1979 de « crimes contre l’humanité », mort avant son procès. La révélation mortifiante, en 1994, par Pierre Péan, des « années obscures de François Mitterrand, de la proximité du Président de la République, jamais démentie ni reniée, avec René Bousquet ou le cagoulard Jean-Paul Martin. Et plus brûlant encore, ce 21, rue La Boétie. Cette adresse, à partir de 1910, de la famille et de la galerie de Paul Rosenberg, devenue par réquisition, en mai 1941, celle de l’Institut d’étude des questions juives, chargé de diffuser la propagande antisémite et la condamnation de l’ « Art dégénéré » !

Ah, ce 21, rue La Boétie ! C’est pourtant le berceau. « Les accrochages de Picasso, Braque, Derain, Matisse, Léger, Laurencin, s’intercalaient avec ceux de Toulouse-Lautrec (1914), de l’art français du XIXème (1917), d’Ingres et de Cézanne ( 1925), de Bonnard (1936), d’Henri Rousseau, dit Le Douanier, en 1937. » écrit Anne Sinclair. « La première (des grandes expositions des tableaux de Picasso) fut consacrée en 1919 à cent soixante-sept dessins cubistes inédits. Celle de 1926 fut une des plus imposantes, avec le one-man-show de 1936, où la galerie Rosenberg exposa 29 peintures et dessins de Picasso, reçut six cents visiteurs par jour. » poursuit-elle. Sans omettre l’exposition Renoir en 1934. Paul Rosenberg avait compris, bien avant d’autres, qu’il fallait « répéter, en la décalant, l’expérience vécue avec les impressionnistes : choisir cette fois de vendre leurs toiles pour vivre, et pouvoir se permettre d’attendre que l’envie vienne aux amateurs d’acquérir la peinture contemporaine qui lui était chère. » comme l’écrit Anne Sinclair. Ce fut son secret, associé à un autre, celui de son œil, « celui de la qualité absolue des œuvres qu’il proposait. »

Arrive la guerre et la flambée d'antisémitisme d'État qui met fin à cet âge d’or parisien. Paul Rosenberg et sa famille partent pour New York, où Paul avait monté, comme d'ailleurs à Chicago ou Kansas City, déjà dans les années 20, de fabuleuses expositions. Il ouvre y d’abord une galerie sur la 57ème rue en 1941, avant d’acheter pour y installer sa maison et sa galerie un immeuble de la 79 ème rue. Un immeuble cossu dont l’escalier était flanqué de deux sculptures de Rodin, « Le Penseur » et « l’Àge d’airain ». Il s’y établira pour toujours. En France, à Paris, à Floirac (refuge de quelques mois en 1940 ) ses coffres de banque sont forcés, ses collections ( dont 171 œuvres majeures de « Degas, Manet, Bonnard, Matisse, Braque, Picasso, Ingres, Corot, Van Gogh, Cézanne, Renoir, Gauguin » ) pillées par la Gestapo pour le Reich, et quelques sbires français pour leur propre compte. Lui ou sa famille après sa mort en 1959, en récupèreront une partie chez des marchands indélicats ou pire, en France ou en Suisse ou seront indemnisés (partiellement) par l’Allemagne. Anne Sinclair, au fil des pages, silhouette avec saveur sa « grand-mère gâteau», Margueritte ; sa mère Micheline; son père Robert combattant de la France Libre ; sa famille d'Outre Atlantique. Et aussi, Marie Laurencin qui réalise son portrait à quatre ans et Picasso qu’elle fuit en hurlant -elle a 14 ans- quand le maître de maison qui la reçoit avec ses parents lui dit qu’il veut la peindre et surtout, qu’il lui voit des yeux partout… Une saga ultra sensible.

Jacques Bouzerand

lundi 12 mars 2012

Louttre.B : Créateur d'un univers de formes et de couleurs










Louttre. B, de son nom de naissance Marc-Antoine Bissière, est de ces grands artistes français « outrageusement » trop peu célébrés. Non pas qu’il soit méconnu - il travaille beaucoup et il est régulièrement exposé en France et à l’étranger ; mieux, il est apprécié par les critiques d’art et les collectionneurs - pourtant il ne bénéficie pas - c’est clair - de la visibilité et de la notoriété médiatiques que méritent son puissant talent, la constante fraîcheur et le renouvellement permanent de son inspiration et de son œuvre. Peintre, sculpteur, graveur, tapissier…, tour à tour abstrait ou figuratif, raffiné ou populaire, sérieux ou blagueur, philosophe ou rustique… Passionné successivement par les objets, les paysages, les figures… mais toujours coloriste hors pair, Louttre. B a connu - s’est organisé - un parcours humain et artistique exceptionnel."J’ai souvent essayé de nouvelles choses avec des matières neuves pour moi; chaque fois avec des balbutiements, des repentirs. Petit à petit, par l’acharnement, on arrive au meilleur de soi-même; et puis, on s’use; un jour on s’ennuie : là il faut laisser tomber, trouver une technique autre qui redonnera l’excitation, le désir de faire, et non plus de refaire. Il faut partir dans un autre voyage. J’ai passé ma vie dans de nouveaux voyages", confie-t-il à Baptiste-Marrey en 1994. Tentons de le suivre à la trace…

Marc-Antoine, fils de Mousse et du peintre Roger Bissière (qui lui donne le surnom de « Loutre »), est né à Paris, le 15 juillet 1926. Roger Bissière est alors depuis trois années le pivot de l'Académie Ranson où se forment de nombreux artistes qui se feront une notoriété solide dans l’après-guerre. Mais attiré par l’idée de vivre en communion avec la nature et la ruralité, Roger Bissière, quitte Paris en 1938 pour aller s'installer dans un ancien presbytère qu’il a hérité de sa mère, dans le Lot, à Boissiérettes près de Cazals et de Marminiac. Il s’éloigne de la peinture pour devenir un vrai paysan et pratiquer une agriculture élémentaire à laquelle son fils s’associe tout naturellement.




Le garçon soigne les vaches et les trait, il coupe du bois… Mais doué pour le dessin et la couleur, Marc-Antoine commence aussi très jeune à dessiner et à peindre. Il se prend au jeu et expose même pour la première fois, à 18 ans, des pastels dans une galerie parisienne, la « Galerie de France » de Jacques Lambert, Paul Martin et Raymond Herbet. Il se confronte là avec des artistes confirmés : son père, Jean Le Moal, Alfred Manessier, Jean Bertholle, Gustave Singier, Etienne Martin… Mais la France est toujours en guerre. En mai 1944, il entre dans le maquis dans le Lot. Il est ensuite incorporé comme soldat puis il est libéré de ses obligations militaires en 1945.

Louttre travaille dès lors au quotidien avec Bissière : « J'avais vingt ans, nous peignions chaque jour dans le même atelier, dos à dos; et pendant deux ans, nous avons joué au ping-pong, lui avec son savoir, moi, avec l'inconscience de la jeunesse : il trouvait quelque chose, je le reprenais; il le reprenait à son tour. Ce furent deux années de partage. Je lui offrais ma candeur, il m'offrait son savoir » raconte t-il dans le livre que lui a consacré Baptiste-Marrey, « Louttre. B », en 1994. En 1947, il participe au premier Salon de Mai.

La cohabitation quercynoise du père et du fils, du maître et de l’élève, prend fin en 1949 quand Louttre part pour aménager rue Saint Victor, à Paris. Il gagne sa vie comme peintre en bâtiment mais n’abandonne pas pour autant ses ambitions artistiques. Il épouse en 1954 Laure Latapie, fille du peintre Louis Latapie, ami et collègue de Roger Bissière à l’Académie Ranson. En 1955, il commence à trouver un marché pour ses œuvres ce qui lui permet de se consacrer à l’art. Il intéresse les galeries. Il participe ainsi, cette année là, à une exposition collective chez Nina Dausset et au Salon d’Octobre chez John Craven. Il expose parallèlement au Salon de mai puis au Salon des Réalités Nouvelles. En 1960 il se lance dans la linogravure et la gravure sur bois en taille douce, en travaillant avec Marcel Fiorini. En 1961, il est lauréat de la deuxième Biennale de Paris. En mars 1962, la Galerie Jeanne Bucher lui ouvre sa première exposition personnelle qui sera suivie d’une autre à la Galerie Beyeler à Bâle.



En 1962 à la mort de sa mère Mousse, Louttre revient vivre à Boissiérettes où Roger Bissière disparaît le 2 décembre 1964. Il reste jusqu'en 1967 dans la propriété lotoise, signant désormais ses toiles ''louttre.B''. De 1965 à 1967, il ne cesse d’innover dans les techniques et les interventions. Il réalise une série de peintures au sable. (Il y reviendra plusieurs fois dans les décennies suivantes). Il restaure la chapelle de Boissiérettes dont il recouvre le sol d’une mosaïque de galets, créant en outre un chemin de croix et un autel en béton teintés et sculptés, des vitraux, un plafond peint et une toile brodée de laine sur fond de fresque. En 1965, il installe dans les bois de Marminiac, à côté de Boissiérettes, douze sculptures monumentales de quatre mètres de hauteur construites en ciment teinté et taillé. En 1966 il est lauréat de la cinquième Biennale de la gravure de Tokyo et en 1967 de la Triennale de Grenchen, en Suisse. En 1968 il crée une fontaine en grès dans le parc floral de Vincennes et réalise en bas-reliefs et ciment taillé et incrusté de galets, sur 140 m2, le mur d’enceinte du Collège de Gourdon dans le Lot. En 1970, il crée une sculpture en ciment armé polychromé, « La Danse », haute de cinq mètres, à Soulac-sur-Mer dans la Gironde. Cette année là, la galerie Jeanne Bucher expose, préfacées par Gaétan Picon, d’immenses ''gravures pour le mur'' ( deux mètres sur trois ) que louttre.B a imprimées avec l'aide de Marcel Fiorini et de Paul Decottignies. "Il m'a semblé sans intérêt de faire de la gravure si je n'inventais pas une nouvelle technique; et si, cette technique, je ne la faisais pas évoluer au cours des années", explique t-il à Baptiste-Marrey : « La dimension aussi me semblait un moyen d'échapper au côté traditionnel de la gravure, de trouver une autre façon de graver. Il n'y a nul goût de record dans les méga-gravures que j'ai réalisées, seulement un désir de renouveau. » En 1971, il est lauréat de la Biennale de l’estampe d’Épinal. En 1972, il grave un moule à gaufre en fonte d’aluminium et au Salon des Réalités nouvelles – au parc floral de Vincennes- il se transforme en épisodique marchand de ( 600 ) gaufres. Il expose au musée d’Évreux et fait, pour la Manufacture Nationale de Sèvres une pendule en porcelaine. Sa quête de nouvelles pistes le fait arriver sur celle des enseignes peintes en 1974. Dans l’esprit de l’art populaire. « Je me sens frère des peintres d’enseignes, des graveurs d’Épinal, des graveurs d’ex-voto, des anonymes du moule à gaufre, du moule à beurre et des cartes à jouer » , dit-il alors. Les années suivantes il multiplie les expositions personnelles : Musée Despiau-Wlérick à Mont-de-Marsan, à la galerie Heimeshoff à Essen, au Musée des Beaux-Arts d’Agen, à la Galerie Claudine Planque à Lausanne… (1976) ; à la galerie Martin de boer à Amsterdam, à la galerie Alain Digard à Paris ( pour « peinturelures avec un catalogue préfacé par Jean-Luc Chalumeau), au Musée Gaston-Rapin de Villeneuve-sur-Lot, au Musée ses Arts Décoratifs à Paris (1977).




En 1978, il participe à l’événement « Nationale 2O », une exposition collective dans l’air du temps et en pleine nature au bord de la route Nationale Paris-Toulouse, aux côtés de Claude Viallat, Jean Redoulès, Bernard Pagès, Jean-Pierre Pincemin, Jean Clareboudt, André Nouyrit… Il y montre cinq girouettes en bois, tôle et fers à béton tendus d’étoffes…

En 1979, son exposition à la galerie Fabien Boulakia s’intitule drôlement « Coulheures » ( la préface du catalogue est signée François Mathey). L’année suivante, il inaugure une collaboration biennale avec la galerie « Le Troisième œil » de Bordeaux. Les expositions se succèdent : chez Fabien Boulakia ( le catalogue est préfacé par Dora Vallier) en 1983, en 1985 ; au Musée des Arts décoratifs, au Centre d’Art contemporain de Meymac ( catalogue préfacé par Jean-Paul Blanchet ) en 1984… On en passe. Retenons qu’en 1990, il est à la Fiac, chez Fabien Boulakia et en 1997, au Centre Pompidou à Cajarc, au Musée Zadkine aux Arques et au Grenier du Chapitre de Cahors ( la préface du catalogue est signée Philippe Piguet )… Depuis 2009, Louttre.B expose régulièrement à la Galerie Bernard Ceysson, à Paris et à Luxembourg…





Une vision cavalière de l’œuvre de Louttre.B montre que cet artiste dans la diversité de sa création a su se construire un univers parfaitement personnel dans lequel depuis ses débuts règne une sensibilité dans laquelle se mêlent à ses propres intuitions les plus vigoureuses inventions des Impressionnistes comme Monnet; de leurs grands successeurs comme Bonnard, les Fauves; d’un Bissière, bien sur ; des abstraits lyriques… français, américains; on constate aussi que sa vision de coloriste rejoint parfois celle d’un artiste comme le Britannique Davis Hockney, le Chinois Zao Wouki… Il y apporte, et c’est sa différence positive, son traitement, son agencement, son imagination des formes qui fait de lui un artiste puissant et à nul autre réductible. Un grand.

JB




(Ce texte a été rédigé avec notamment l’aide de Wikipedia et celle du site de l’artiste sur Internet.)

Légende des photographies des peintures en acrylique fournies par le Musée Henri Martin

( en haut ) Le pré carré / 2010 acrylique sur toile, 100 x 100 © Jean‐Louis LOSI

( en 2 ) Le retour de la colombe / 2011 Sable sur toile, 150 X 150 cm © Jean‐Louis LOSI

( en 3 )Le merle enchanteur / 2011 Acrylique sur toile, 163 X 130 cm © Jean‐Louis LOSI

( en bas ) L’arrivée des bleus / 2011 Acrylique sur toile, 150 X 150 cm © Jean‐Louis LOSI







Bibliographie partielle :


Livres gravés par l’artiste :

''Le Néon de la vie'', 1967 ;
''Le Tarot des Familles'', 1976
''Les Douze Émois'', 1980
''Les Très Riches Heures'', 1985
''Pauvre Gaspard'' de Verlaine, 1995
''Le Bogjo's Bohmp'' de Walter Léwino, 1995.
.

Essais, études, préfaces :

*''louttre.B, L'œuvre gravé 1960-1983'' (442 titres), textes de Bruno Foucart et Francette Woimant, Éditions F. Hazan, Paris, 1985.

* ''Dictionnaire des peintres de l'École de Paris de Lydia Harambourg,, 1945-1965'', Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel, 1993 - ISBN2825800481 nouvelle édition, 2010 - ISBN978-2-8258-0241.

*''louttre.B, Portrait en douze esquisses'' de Baptiste-Marrey, , Centre Régional des Lettres d'Aquitaine / Le Castor Astral, Bordeaux, 1994.

*''louttre.B, Peintures, gravures, sculptures, 1985-1995'', texte de Philippe Piguet, Éditions Arts et Dialogues Européens, Cajarc, 1996.

*''louttre.B'', textes de Bernard Ethuin-Coffinet, Baptiste-Marrey, Michel-Georges Bernard, Paul Pavlovitch et François Mathey, Musées de Sens, 2003, IBSN2913909116





EXPOSITION LOUTTRE. B

Au Musée Henri Martin de Cahors l’ été 2012

L’exposition Louttre.B intitulée « L’insolente nécessité de la peinture » se tiendra tout l’été 2012 au Musée Henri-Martin de Cahors, rue Émile Zola.

Elle prolonge celle que lui avait consacrée en 1996, la Maison des Arts Georges Pompidou, à Cajarc, alors sous la direction de Jean-Paul Coussy, et mettra en perspective un ensemble d’une soixantaine de tableaux réalisés des années 90 à aujourd’hui.


L'exposition sera organisée de façon chronologique au rez-de-chaussée, avec les tableaux à l’huile (1992-1994) puis ceux dans lesquels du sable est mélangé au pigment (1995-2005) et, plus récentes encore les toiles peintes à l’acrylique où explosent les les couleurs et les formes.

Les salles du premier et du second étage aborderont l'œuvre de façon thématique à travers l'exploitation par l'artiste de la forme de l'arbre, et formelle en mettant en évidence le traitement de la couleur par la juxtaposition violente des plans colorés ou leur dissolution.



Un livre est édité à l’occasion des expositions de Louttre.B au Musée de Cahors Henri Martin (15 juin – 1er octobre 2012) et à la Galerie Bernard Ceysson à Paris (5 avril - 26 mai 2012), Texte critique de Bernard Ceysson, 96 pages.





L’Insolente nécessité de la peinture
LOUTTRE.B
15 juin au 1er octobre 2012

Le Musée de Cahors Henri-Martin
est ouvert tous les jours de 11h à 18h,
le dimanche et jours fériés de 14h à 18h.
Fermé le mardi
05 65 20 88 66

TARIFS : 3€, tarif réduit 1,50€
Gratuité selon critères
et moins de 6 ans
Gratuit le1er dimanche du mois